Leguideinfo.net : #MON_MESSAGE. 14 décembre. Jour de ma naissance. Un anniversaire que je traverse cette année dans un contexte d’une douleur particulière, loin des miens, loin de ma terre, mais avec le cœur debout. Chers frères et sœurs guinéens, de l’intérieur comme de la diaspora, Je suis Mamoudou Babila KEITA, votre compatriote, journaliste depuis plus de quinze ans, forgé par le micro, la plume et la quête incessante de vérité.

Depuis 2006, encore élève, je suis entré dans le monde des médias presque par hasard, ou plutôt par destin. De mon premier stage radio en 2010 en Côte d’Ivoire aux rédactions de Kankan et de Conakry, j’ai grandi dans ce métier avec passion : Rédacteur en chef de la presse universitaire, directeur du bi-mensuel Batè Infos, rédacteur en chef puis directeur général de Batè FM, correspondant pour plusieurs médias, journaliste-formateur au sein du groupe Dabo Médias… avant de rejoindre Hadafo Médias en 2015 pour servir sur Espace Kankan, Espace FM Conakry, Espace TV et Kalac Radio. J’ai également participé à la mise en place de plateformes d’information telles que Guineepeople et Inquisiteur.net, que j’administre aujourd’hui.
Toutes ces années n’ont eu qu’un seul moteur :
servir la vérité, la justice, l’État de droit et, par-dessus tout, servir la Nation. C’est ce qui donne un sens à ma vie et oriente mes choix, même quand ils coûtent cher.
Ce sens du devoir, je le dois à un homme : mon père, Elhadj Adama KEITA. Un homme qui n’a pas connu l’école, qui a grandi dans la dureté d’une époque où les orphelins et les peuples opprimés n’avaient que leur dignité pour bouclier. C’est pourtant lui, ce vieillard instruit par la vie, qui m’a enseigné les principes les plus nobles : « Dis toujours la vérité. Sois juste. Ne défends que ce qui est juste, et crains Dieu dans tout ce que tu fais. » Ces paroles, il me les a répétées tant de fois qu’elles sont devenues la colonne vertébrale de mon existence.
Et pourtant…
Voilà 77 jours que cet homme de vérité, mon père, au crépuscule de sa vie, a été enlevé à son domicile par les autorités de la transition guinéenne. Arraché à sa maison alors qu’il se préparait pour la prière de l’aube. Arraché à ses épouses, à ses enfants, à ses petits-enfants, à son quartier, à la ville de N’Zérékoré, à Kouroussa et à la sous-préfecture de Babila. Conduit vers un lieu inconnu. Sans aucune information. Sans aucune justification. Sans aucune humanité.
Cet acte ignoble a été commis dans un pays qui prétend respecter le droit…
Dans un pays où l’on honore les anciens…
Dans un pays de croyants où l’on enseigne la droiture, la fraternité et la justice.
Et pourtant, mon père a été abandonné comme un criminel, alors qu’il n’a ni volé, ni agressé, ni enfreint la loi. Il paie pour mes prises de position, pour mes enquêtes, pour mon engagement citoyen. Il paie parce que j’ai osé dire ce que beaucoup taisent.
Alors je pose une question simple, à chacun d’entre nous :
Quel Guinéen, éduqué dans nos valeurs, pourrait accepter de s’en prendre au père d’autrui pour les actes de son fils ?
Quel croyant pourrait justifier un tel péché ?
Quelle autorité, censée gouverner selon la loi et donner l’exemple, pourrait s’associer à un acte aussi grave ?
Depuis plus de deux mois, je me suis tu. Certains y ont vu de la peur. Ceux qui réfléchissent comprendront que ce silence n’a rien d’une fuite. Je n’ai jamais eu peur que de Dieu. Je n’ai jamais accepté, et je n’accepterai jamais, d’abandonner mes principes pour un privilège, une menace ou un quelconque pouvoir.
Mon silence n’est ni renoncement ni faiblesse :
c’est un choix imposé par mon éducation, par le respect dû à mes parents et par la dignité que je dois protéger même face à l’injustice.
Aujourd’hui, en ce jour où je devrais souffler des bougies, je porte simplement une prière.
Une prière pour mon père.
Une prière pour ma famille.
Une prière pour la Guinée blessée mais encore debout.
À toutes celles et ceux qui nous soutiennent, qui partagent notre douleur, qui prient pour la libération de mon père, je dis merci du fond du cœur.
Nous avons tout tenté. Mais ce qui dépasse les forces humaines appartient désormais à Dieu.
Incha’Allah, nous croyons en Sa justice et en Sa capacité de ramener mon père à sa famille et de faire répondre ceux qui ont commis cette injustice.
Mamoudou Babila KEITA
Journaliste d’investigation,
Contraint à l’exil.
Réduit au silence, mais jamais vaincu.
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