Leguideinfo.net : C’est une scène d’une violence symbolique inouïe dans ma tête. Alors que les dorures du Conseil National de la Transition (CNT) résonnaient des promesses de la «Guinée 2040», dans l’ombre de la tribune, un jeune destin basculait. Hier, j’ai vu un confrère s’effondre en plein direct.

Le choc des notifications
Mercredi 25 mars 2026. L’atmosphère est électrique. Nous sommes tous concentrés sur le Premier ministre Amadou Oury Bah, qui décline sa Politique Générale. Soudain, nos téléphones vibrent en série. Un bal de notifications funèbres : d’abord l’annonce du décès du commandant Toumba Diakité, puis, comme un couperet, le communiqué de la Haute Autorité de la Communication (HAC).
Le secret le plus lourd à porter
Mon regard croise celui du jeune reporter Soumah, micro en main pour Kaback TV. Lui ne sait pas encore. Je détourne les yeux pour ne pas trahir la nouvelle, pour lui laisser encore quelques secondes de dignité professionnelle. Mais le secret ne dure pas. Son téléphone sonne. L’ordre est laconique : « Arrête tout et rentre. »
Je le vois alors ranger son matériel, les gestes mécaniques, le regard vide. Je tente de le rassurer : « Garde tes images, petit, on ne sait jamais. » Sa réponse m’a brisé le cœur : « Grand frère, on m’a dit d’arrêter… »
Un micro retiré, un rêve suspendu
Le moment le plus poignant reste celui-ci : son micro était fixé juste devant le Premier ministre. Soumah a patienté, immobile. Il a ôté son gilet de reporter, comme on retire un uniforme de combat après une défaite injuste. Dès la fin du premier passage de Bah Oury, il s’est avancé, a récupéré son micro et a quitté la salle.
À cet instant précis, j’ai revu mon propre passé. J’ai revu le silence imposé à HADAFO (Espace TV, Radio Espace). Cette douleur de perdre son outil de travail, je la porte depuis plus de deux ans. Je l’ai rattrapé dans le couloir : « Jeune frère, sois courageux. N’abandonne pas. Fais-le pour ces étudiants qui sont encore dans les amphithéâtres et qui croient encore à ce métier. »
Pourquoi ce silence ? Rappel des faits
Si l’émotion est vive, les raisons invoquées par la HAC pour justifier cet écran noir sont lourdes. Le régulateur reproche à Kaback TV :
Un trouble à l’ordre public : La diffusion d’images et de propos non recoupés jugés sensibles.
Un conflit d’intérêts majeur : Une incompatibilité entre les fonctions publiques du concessionnaire de la chaîne et la gestion d’un média privé, violant les principes de neutralité et d’impartialité.
Derrière ces articles de loi, il y a des visages. Il y a le visage de Soumah, quittant le CNT avec son matériel sous le bras, alors que le pays parlait d’émergence. Peut-on réellement construire le futur en éteignant les lumières du présent ?
Témoignage : Mamoudou Boulléré Diallo, journaliste
















