Leguideinfo.net : L’ONG Femmes Développement et Droits Humains en Guinée (F2DHG) a officiellement lancé, à Kindia, son projet « Justice et Dignité pour les survivantes de VBG en Guinée ». Au cœur du dispositif : un atelier de renforcement des capacités réunissant quinze assistants psychosociaux issus d’organisations de la société civile engagées dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). La formation, centrée sur l’accueil, l’écoute, l’orientation et l’assistance psychologique des survivantes, se poursuivra à Conakry, Coyah et Télimélé.

Un projet sous-régional ancré dans le terrain guinéen
Présidente de l’ONG organisatrice, Moussa Yéro Bah a posé d’emblée l’enjeu : rendre justice et restaurer la dignité des victimes de VBG. « Une personne sans dignité, c’est comme une personne qui n’est pas en vie », a-t-elle rappelé, soulignant que son organisation accompagne les victimes de violences depuis 2013, avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD) depuis trois ans.
Porté par l’IPPF Africa Région en collaboration avec les femmes juristes ivoiriennes, le projet dépasse les frontières guinéennes : il s’inscrit dans une dynamique sous-régionale. Le choix de Kindia pour le lancement officiel n’est pas anodin, la ville se trouve à la croisée de Télimélé, Coyah et Conakry, les trois zones où le projet sera déployé.
« Nous démarrons par un atelier parce que pour agir sur le terrain, il faut d’abord renforcer les capacités », a expliqué Mme Sow Moussa Yéro Bah. Les assistants psychosociaux, première porte d’entrée pour les survivantes, doivent être formés à l’écoute et à l’orientation : « Une victime a besoin d’être bien écoutée et bien encadrée. Elle n’a pas besoin d’être jugée. »

Fondée en 2013 et agréée en 2016, l’ONG F2DHG revendique l’accompagnement de plus de 800 femmes victimes de violences. En plus de la capitale Conakry, l’ONG dispose déjà d’antennes à Coyah, Télimélé et Labé, et s’apprête à ouvrir celles de Kindia et Tougué. Outre la lutte contre les VBG, l’organisation milite pour les droits humains et l’autonomisation économique des femmes, notamment via un fonds revolving dédié.
Des chiffres qui alarment
Dans son discours d’ouverture, elle a rappelé l’ampleur mondiale du phénomène : selon l’Organisation mondiale de la santé OMS, près d’une femme sur trois dans le monde sera victime de violence physique ou sexuelle au cours de sa vie soit environ 840 millions de femmes concernées, dont 316 millions pour la seule année 2025.
Le projet, financé dans le cadre du programme mondial « Justice pour les survivantes » porté par l’IPPF avec le soutien de l’AFD, vise deux objectifs : réduire l’impunité des auteurs de VBG et améliorer l’accès des survivantes à la justice et à une réparation effective. « Il ne s’agit pas seulement de punir les coupables, il s’agit de reconstruire les vies des survivantes, de leur redonner leur dignité », a-t-elle insisté, appelant à une mobilisation collective des autorités, des organisations de la société civile et des communautés.
Venue de Coyah, Fatoumata Camara, présidente du Club des jeunes filles leaders de la localité, a témoigné de la réalité quotidienne : « Nous rencontrons beaucoup de cas de viol et de mutilation génitale, mais surtout beaucoup de cas de viol. » Elle a appelé la jeunesse et la population de Coyah à se mobiliser pour éradiquer ce phénomène.
À la direction préfectorale de la Femme, de la Famille et des Solidarités de Kindia, son représentant a précisé que les VBG ne touchent pas uniquement les femmes : « Actuellement, nous avons aussi des cas où les hommes sont concernés. » La structure privilégie l’écoute individuelle, la médiation lorsque c’est possible, puis l’orientation vers la justice pour les cas les plus graves. Il a également insisté sur le rôle de l’éducation familiale et sur le système SOPEG (Système de protection des enfants en Guinée), chargé de signaler les cas de violence au niveau communautaire.
Le secrétaire général de la préfecture de Kindia a, pour sa part, salué l’initiative comme une réponse nécessaire face à l’évolution des modèles éducatifs et sociaux, qui a fragilisé les mécanismes traditionnels de protection des enfants et des jeunes filles.
Le mot du préfet : « Réclamez la valeur, pas l’équité »
Le Colonel Abdoulrahamane Keita, préfet de Kindia a clôturé les interventions par un discours marquant, saluant le sérieux du thème choisi et la nécessité, pour les futurs assistants psychosociaux, d’être eux-mêmes bien préparés avant d’accompagner des personnes en détresse : « Un malade ne peut pas traiter un malade. »
Il a tenu à valoriser la place des femmes dans la société, les invitant à « réclamer leur valeur plutôt que l’équité », et a dénoncé les discriminations dont sont encore victimes certaines petites filles privées d’éducation. Il a remercié les partenaires et organisateurs pour cette initiative en faveur des couches les plus vulnérables.
Sur les douze prochains mois, le projet « Justice et Dignité pour les survivantes de VBG » déploiera ses actions à Conakry, Coyah et Télimélé, avec l’ambition de réduire l’impunité des auteurs de violences et de garantir aux survivantes un accès réel à la justice et à la réparation. Un combat collectif, selon les organisateurs, qui ne pourra réussir qu’avec l’implication conjointe des autorités administratives et judiciaires, des organisations de la société civile et des communautés locales.
Joseph Bangoura et Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07
















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