Leguideinfo.net : Dans une tribune percutante, le journaliste d’investigation Mohamed Aly Pendessa revient sur la mort de Mamadou Djouma Bah, lycéen de 17 ans décédé à Kindia après avoir été détenu dans le cadre de l’affaire de fraude présumée au baccalauréat 2026. Il propose une journée de deuil national en hommage au jeune lycéen. Au-delà des circonstances exactes du drame, l’auteur interroge la responsabilité de l’État et appelle à une rupture avec la pénalisation scolaire.
La République de Guinée traverse un moment de douleur qui dépasse le seul cadre judiciaire. La mort de Mamadou Djouma Bah, lycéen de 17 ans, survenue à Kindia alors qu’il était détenu à la suite d’une affaire de fraude présumée au baccalauréat 2026, impose une parole grave, responsable et sans détour. Au-delà des versions divergentes sur les circonstances exactes du décès, la réalité essentielle demeure : un élève est mort dans un contexte où l’école, la justice et l’administration publique ont failli à leur obligation première de protéger la vie et l’avenir d’un jeune citoyen.
Cette tragédie ne peut pas être traitée comme un simple fait divers. Elle révèle une crise de méthode, de proportionnalité et de responsabilité publique. Depuis les premières sanctions prononcées contre plusieurs candidats au baccalauréat unique session 2025-2026, la ligne suivie par les autorités a suscité inquiétude et incompréhension, parce qu’elle a donné le sentiment qu’une faute scolaire pouvait être gérée avec des réflexes de répression pénale plutôt qu’avec une logique éducative et préventive. Or, l’éducation ne consiste pas à briser des parcours ; elle consiste à corriger, encadrer et former.
Comment un élève a-t-il pu se retrouver dans une situation aussi dramatique ?
Quelles mesures de surveillance, de santé, d’assistance et de protection ont été prises pendant sa détention ?
Quelles responsabilités portent le ministère de l’Éducation et l’appareil gouvernemental dans cette séquence tragique ?
Ces questions sont légitimes, et elles appellent des réponses claires, publiques et vérifiables. Dans ce contexte, la responsabilité politique du ministre de l’Éducation, Alpha Bacar Barry, doit être interrogée avec sérieux. Lorsqu’un système éducatif en arrive à produire des décisions dont l’issue se termine par la mort d’un élève, il ne suffit plus de compatir ; il faut assumer les conséquences institutionnelles. La question du limogeage du ministre ne relève donc pas de la surenchère, mais d’un débat de responsabilité publique. Et si l’exécutif n’a pas su éviter une telle issue, la question de la démission du gouvernement d’Amadou Oury Bah doit aussi être posée, non comme un slogan, mais comme une exigence de redevabilité démocratique.
La nation doit également reconnaître la douleur de la famille du défunt. Dans une situation aussi lourde, l’État ne peut pas se contenter d’une compassion de forme. Il doit offrir de la vérité, de la dignité et des actes. Un hommage national à la mémoire du jeune Mamadou Djouma Bah serait un minimum moral, tout comme la proclamation d’une journée de deuil national. Ce geste symbolique dirait que la République ne banalise pas la perte d’un enfant de l’école, et qu’elle comprend la gravité d’une mort survenue dans de telles circonstances.
Au fond, cette affaire rappelle une vérité simple : on ne joue pas avec l’avenir de la jeunesse. Quand l’État choisit de pénaliser l’école, il prend le risque de transformer un problème disciplinaire en crise morale, politique et humaine. La lutte contre la fraude doit exister, mais elle doit rester compatible avec la proportionnalité, la protection des mineurs et la mission fondamentale de l’éducation. Une République forte ne se mesure pas à sa capacité à punir les plus jeunes ; elle se mesure à sa capacité à les protéger, même lorsqu’ils ont fauté.
Plus jamais les élèves en prison. Images générée par Mohamed Aly Pendessa, Journaliste d’investigation
C’est pourquoi cette tragédie doit conduire à une rupture claire : plus jamais de pénalisation scolaire comme réponse automatique en République de Guinée. Il faut restaurer une approche éducative, renforcer la prévention, protéger les élèves et réaffirmer que l’école n’est pas une extension de la prison. Si la nation veut honorer Mamadou Djouma Bah avec sérieux, elle doit transformer le deuil en sursaut, la douleur en responsabilité, et la colère en réforme durable.