Leguideinfo.net : À Tombolia, la lutte contre les mutilations génitales féminines se poursuit, portée par des femmes qui refusent de se taire. Elles dénoncent les conséquences physiques et psychologiques de cette pratique, et appellent les familles à protéger leurs filles. Pour certaines d’entre elles, l’excision n’a rien d’une tradition à préserver : c’est un commerce entretenu, disent-elles, par des mains tranchantes et des cœurs fermés à la souffrance qu’elles infligent.

C’est à l’occasion d’une journée de sensibilisation organisée par l’ONG Femmes, Développement et Droits Humains en Guinée, dans la commune urbaine de Tombolia, que plusieurs actrices de terrain ont accepté de témoigner. Toutes partagent la même conviction : cette pratique met en danger la santé et les droits des jeunes filles, et il est temps de la combattre frontalement.

« Une organisation pour que les vieilles gagnent de l’argent »
Simone Théa, conseillère à la commune de Tombolia, ne mâche pas ses mots. Pour elle, l’excision n’a rien d’un rite protecteur : c’est, avant tout, une affaire d’intérêt financier pour celles qui la pratiquent. Elle rejette également l’idée, encore répandue dans certaines familles, selon laquelle l’excision permettrait de contrôler le comportement des filles et de les préserver d’une vie de débauche.
« Exciser les filles, je suis contre. Parce que c’est une organisation pour que les vieilles se fassent de l’argent. Chez nous, les parents des jeunes filles doivent envoyer des habits, envoyer beaucoup de choses — et pour certaines qui n’ont pas les moyens, c’est devenu un moyen de subsistance. Une fille qui veut se maîtriser le fera, qu’elle soit excisée ou non. Elle peut faire ce qu’elle veut, dans un cas comme dans l’autre. Pour moi, c’est une organisation pour que les vieilles, ou ceux qui l’organisent, gagnent de l’argent et fassent souffrir les filles », dénonce-t-elle.
Des drames vécus dans son propre entourage
L’engagement de Simone Théa n’est pas seulement théorique : il est né de drames vécus dans son entourage. Elle raconte le cas d’une jeune fille de sa famille qui, après avoir été excisée, aurait saigné pendant six mois — un mal que l’entourage aurait alors attribué, à tort, à la sorcellerie.
« Une de mes parentes en a été victime. Après l’excision, elle n’a fait que saigner pendant six mois. Les gens ont dit que c’était l’œuvre de sorciers », se souvient-elle.
Elle évoque également le cas d’une autre jeune fille, dont l’état psychologique se serait gravement détérioré à la suite de son excision et de conflits liés à des coutumes locales qu’elle n’aurait pas respectées. Depuis, dit-elle, cette femme erre dans les rues de Conakry.
« Il y en a une autre que je connais. Là-bas, à cause de coutumes qu’elle n’a pas respectées, les vieilles se sont fâchées, et elle en a perdu la raison. Aujourd’hui, elle est à Conakry », rapporte Simone Théa.
La sensibilisation, arme de terrain
Ce sont ces expériences douloureuses qui ont forgé la détermination de Simone Théa. Pour elle, seule une mobilisation collective familles, communautés et organisations de défense des droits des femmes réunies peut venir à bout de ce fléau. Sa méthode : le bouche-à-oreille, au plus près des jeunes filles elles-mêmes. « Nous avons un centre de formation où il y a plus de 300 filles. J’y passe le message, et je leur demande d’en parler à leur tour à leurs amies », explique-t-elle.

Le silence, principal complice de la pratique
De son côté, Maimouna Soumah-Camara pointe un autre obstacle, tout aussi redoutable que la pratique elle-même : le silence qui l’entoure. Selon elle, de nombreuses femmes, témoins de cas d’excision dans leur entourage, hésitent encore à les signaler.
Elle appelle les populations à davantage collaborer avec les acteurs de la lutte contre l’excision, convaincue que le signalement des cas est la clé pour prévenir cette pratique et mieux protéger les filles. « Mon équipe et moi sommes en pleine sensibilisation en ce moment, car la saison des pluies est propice aux mutilations dans notre commune. Les familles pratiquent l’excision en catimini, et nous ne l’apprenons souvent que trop tard — comme on dit, le médecin arrive après la mort. En vous cachant pour exciser vos filles, vous ne les protégez pas : vous les détruisez. Nous sensibilisons, mais jusqu’à présent, cela reste un combat épuisant. Je demande aux parents de préserver leurs enfants », plaide-t-elle.

Le maire appelle ses concitoyens à l’écoute
Pour Cheick Mohamed Cissé, maire de la commune de Tombolia, l’arrivée de l’ONG Femmes, Développement et Droits Humains en Guinée sur son territoire est une véritable aubaine. Le maire invite ses concitoyens à saisir cette occasion avec sérieux, tout en tenant compte du poids des réalités locales.
« Nous sommes dans une société dominée par la religion. Quand vous venez à ce genre de sensibilisation, soyez attentifs, et relayez le message dans vos familles », a-t-il déclaré.
Un appel qui résume, à sa manière, le défi que doivent relever les actrices de la lutte contre l’excision à Tombolia : convaincre sans heurter de front des convictions religieuses et communautaires profondément enracinées, en misant sur le relais familial plutôt que sur la confrontation.
Le maire a par ailleurs élargi son propos à la vigilance parentale au sens large, notamment durant la période des vacances scolaires, qu’il considère comme un moment à risque pour les enfants livrés à eux-mêmes. « Pendant les vacances, l’esprit de l’enfant doit aussi se reposer un peu, mais qu’il suive des formations. Engagez des répétiteurs à la maison, occupez-vous de vos enfants », a-t-il recommandé.
L’information, dernier rempart
À Tombolia, les témoignages recueillis dessinent une même ligne de front : celle de femmes convaincues que la sensibilisation reste, pour l’heure, l’arme la plus efficace contre les mutilations génitales féminines. Pour elles, protéger les filles suppose avant tout de briser le silence par l’information, le dialogue, et la mobilisation de toute une communauté qui, trop souvent encore, préfère détourner le regard.
Issata Diallo, pour leguideinfo.net















