Leguideinfo.net : Avant les mots de circonstance, il y a les faits. Et les faits, à Dar-Es-Salam se répètent avec une régularité qui devrait alarmer plutôt que lasser.

Mes condoléances vont, d’abord et sincèrement, à toutes les familles qui ont perdu un proche dans le drame du 23 août 2026. Plusieurs médias ont rapporté qu’au moins 30 personnes ont été tuées selon le gouvernement après l’effondrement d’une masse de déchets sur des habitations proches, à la suite de fortes pluies nocturnes.
Aucune dénonciation ne remplacera un être cher. Mais le silence non plus ne le fera pas revivre et c’est précisément ce silence, celui de l’État, qu’il faut nommer.
Un site né dans l’improvisation, devenu un piège : Mais au-delà de l’émotion, il faut dire les choses telles qu’elles sont : ce drame n’est ni isolé, ni surprenant. Dar-es Salam porte depuis longtemps les signes d’un abandon public, d’une gestion improvisée des déchets et d’une politique de réaction tardive, souvent brutale, jamais durable.
Quand l’État a finalement décidé d’agir, ce n’est pas par la prévention qu’il est passé, mais par la destruction. Des maisons ont été détruites, des familles déplacées, sans mesure d’accompagnement sérieuse, sans avertissement donné à temps pour permettre une reconversion digne. Puis, comme souvent, l’affaire a été abandonnée. Pas de suivi, pas de reconstruction, pas de solution pérenne. Juste un site laissé à lui-même, jusqu’au prochain drame.
Une tragédie annuelle, jamais une leçon retenue : Le drame du 23 n’est pas un accident. Depuis l’arrivée de ce régime du Général Mamadi Doumbouya, chaque année semble apporter son lot de catastrophes semblables : effondrements, explosions de gaz de décharge, incendies, victimes retrouvées asphyxiées par des émanations toxiques et l’insécurité. Le scénario se répète avec une régularité accablante : émotion nationale, condoléances officielles, promesses de circonstances, puis retour au silence jusqu’à la prochaine tragédie.
Pourtant, des fonds existent. La Guinée dispose de mécanismes d’accompagnement en cas de catastrophe, et des montants ont déjà été débloqués par le passé pour ce type de situation. Alors une question s’impose : où vont ces ressources ? Pourquoi le site n’a-t-il jamais été sécurisé, dépollué ou fermé dans des conditions dignes ? Ce sont des questions simples, légitimes et factuelles, auxquelles l’État doit répondre sans détour.

Il faut aussi rappeler que la déstabilisation de Dar-Es-Salam ne date pas d’hier. Sous le régime d’Alpha Condé, en mai 2019, la zone a connu une phase de brutalité marquée par des destructions massives de maisons et des déguerpissements menés sans solution durable pour les populations concernées. Cette logique d’abandon, née dans cette période, a contribué à fragiliser encore davantage un espace déjà exposé, et à installer durablement un climat de précarité, d’insécurité et de souffrance pour les habitants.
Une responsabilité publique : On ne peut pas continuer à compter les morts, puis à parler seulement d’indemnisation. Les victimes ont besoin de justice, de relogement, d’accompagnement et d’une politique publique cohérente ; pas d’une compassion de circonstance suivie d’un abandon.
La question est simple : si l’État savait que ce site était dangereux, pourquoi a-t-il laissé des familles y vivre, puis y revenir, sans solution durable ? Cette question doit recevoir des réponses publiques.
Ce qu’il faut changer : Il faut d’abord un audit public sur la gestion de Dar-Es-Salam depuis sa création à la fin des années 1980, avec un bilan clair de ce qui a été promis, financé et réalisé. Il faut ensuite un plan de fermeture ou de reconversion du site, assorti d’une interdiction claire des habitations dans les zones à haut risque tant qu’aucune solution de relogement n’est prête.
Dar-Es-Salam n’a pas besoin d’une nouvelle promesse. Il a besoin d’État, de méthode et de respect de la vie humaine.
Détruire des maisons après un drame, sans offrir de solution de rechange, n’est pas une réponse. C’est une deuxième punition infligée à une population déjà éprouvée. La vraie solution passe par l’anticipation, l’investissement dans une gestion moderne des déchets, et une présence de l’État qui ne se manifeste pas seulement après les enterrements.
Dar-Es-Salam mérite mieux qu’un cycle de deuil annuel. La population aussi.
Mohamed Aly Pendessa ;
Journaliste d’investigation















