Leguideinfo.net : À l’occasion des 100 jours de sa nomination, la ministre Mariama Ciré Sylla à la tête du département de l’agriculture, un débat a été organisé ce mardi à Conakry, autour des enjeux, opportunités et perspectives du secteur agricole. La ministre a rappelé l’immense potentiel de la Guinée, le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest,avec 13,7 millions d’hectares de terres arables, mais a reconnu l’existence de difficultés techniques, financières et institutionnelles. Parmi les acquis notables, la Ministre a cité la promulgation de la Loi d’Orientation Agricole, dont les textes d’applications sont en cours d’élaboration, la validation de la réforme foncière agricole, la mobilisation d’importantes quantités d’intrants. Pour l’avenir, la vision est alignée sur le Programme SIMANDOU 2040, visant à passer d’une agriculture de subsistance à des pratiques intensives, productives et compétitives. Lisez plutôt le discours intégral de la patronne du département de l’agriculture.
Voici le discours intégral pour vous !
Discours 100 Jours AT MA_24 11_v2

C’est un immense honneur pour moi d’ouvrir cette rencontre capitale pour le secteur agricole, un véritable moment de partage que nous devons dédier à l’avenir de notre agriculture.
Je voudrais, au nom de l’ensemble du personnel du Ministère de l’Agriculture, et en mon nom propre, vous souhaiter la bienvenue et rappelé ici que vous êtes chez vous dans cet espace ouvert aux discussions avec comme principal objectif de pouvoir échanger ensemble sur « les enjeux, les opportunités, les acquis et les perspectives du secteur agricole guinéen ».
Je voudrais surtout en votre nom, exprimer notre profonde gratitude à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées, Son Excellence Monsieur Mamadi DOUMBOUYA pour avoir accepté de soutenir l’organisation d’une telle rencontre, de s’impliquer dans la définition des sujets qui y seront abordés, marquant de fait une illustration parfaite de la volonté commune de faire du Secteur Agricole Guinéen la pierre angulaire de l’économie nationale, un secteur porteur de croissance qui occupe aujourd’hui, et il faut le rappeler, 79% de la population rurale et contribue à hauteur de 25% du PIB national.
Je tiens ici à remercier l’ensemble des Membres du Gouvernement, symbole fort de notre engagement collectif à nous unir pour trouver les voies d’avenir pour notre Agriculture chez nous ici en Guinée.
Permettez-moi également, d’adresser nos vifs remerciements à nos Partenaires techniques et financiers qui ne cessent de déployer tous les efforts pour soutenir durablement le secteur agropastoral dans toutes ses actions, y compris dans le cadre de l’organisation de cette rencontre marquée par leur forte mobilisation.
Enfin, je vous remercie chaleureusement, Chers participants, Producteurs et productrices, cadres des services techniques, Représentant des Chambres Consulaires, des organisations du secteur Privé et vous êtes à nouveau infiniment reconnaissante d’avoir répondu présents à cette invitation dans notre capitale.
Nous le savons tous, l’époque que nous vivons porte en elle des incertitudes et des complexités qui, quand elles ne sont pas assumées comme telles, peuvent parfois conduire une partie des Guinéennes et des Guinéens à perdre de vue cette évidence, à oublier ou nier le caractère stratégique de notre agriculture pour notre souveraineté et notre sécurité alimentaire.
Nous sommes tous témoins aujourd’hui de changements ou d’évolutions rapides au sein de notre société, dans nos modes de vie et de consommation et dans les technologies disponibles.
Aujourd’hui, nous sommes justement réunis pour discuter des défis auxquels notre secteur agricole est confronté, mais également des opportunités qui se présentent à nous. C’est pourquoi il est essentiel que nous collaborions, que nous échangions nos idées et que nous cherchions ensemble des solutions innovantes et durables.
Nous devons également reconnaître l’importance vitale de notre responsabilité envers la préservation de notre environnement. L’agriculture durable est non seulement possible, mais indispensable pour assurer la santé de nos écosystèmes et la qualité de vie des générations futures.
Nous connaissons et reconnaissons tous ici le potentiel agricole de la Guinée, à travers ses 13.7 millions d’hectares de terres arables, la diversité de ses cultures vivrières et de rente, ses filières porteuses et stratégiques, son sous-sol, son climat propice, ses cours d’eau faisant de la Guinée le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest.
La position géographique de la Guinée, ouverte sur l’océan et le monde, ses territoires, ainsi que ses hommes et ses femmes, représentent de multiples opportunités !
Ce potentiel d’aujourd’hui, fera la richesse et la prospérité de notre Guinée et de ses enfants de demain, mais si nous ne l’entretenons pas, si nous ne l’exploitons pas durablement, ce potentiel, et je le dis avec gravité, nous risquons de le perdre avec toutes les opportunités de développement économiques, écologiques, techniques ou encore sociales qui nous tendent les bras.
Si nos atouts sont incontestables, je sais, nous le savons, les difficultés existent et perdurent. Des difficultés d’ordre technique, financière, économique, écologique, social ou encore institutionnel qui sont au cœur de nos préoccupations aujourd’hui.
Est-il nécessaire, oui je le pense, de rappeler ici les problématiques liées à l’ensemble des enjeux, qu’il s’agisse par exemple de :
· La construction et la durabilité des infrastructures rurales à travers la construction d’aménagements hydroagricoles ou la réhabilitation de pistes rurales pour le désenclavement de nos zones de production ;
· L’accès durable aux intrants agricoles de qualité, et à la mécanisation,
· L’état des lieux des institutions nationales d’appuis et de conseils,
· La recherche et le transfert de technologies ;
· La mobilisation des fonds et les opportunités d’investissement ;
· La valorisation des produits agricoles, l’accès aux marchés et le renforcement des circuits commerciaux ;
· L’employabilité des jeunes et des femmes dans le secteur ou les défis du changement climatique pour ne citer que les principaux.
C’est pourquoi, depuis le 5 septembre 2021, sous le leadership du Président de la République, le Gouvernement guinéen s’est durablement engagé dans une dynamique de transformation du secteur Agropastoral, porteur de croissance, en vue d’assurer durablement l’autosuffisance, la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population.
Plus largement il s’agit aussi de redonner de l’espoir aux jeunes générations notamment en assurant un continuum entre investissements privés et durables afin de renforcer les services attendus par les populations et répondre aux enjeux propres au développement du secteur agricole, notamment en terme de création d’emplois et de richesses, pour le pays et sa population.
Faut-il le rappeler, depuis ce 5 septembre 2021, de grands progrès ont été réalisés, je pense notamment et pour les plus structurants :
· Au renforcement du cadre institutionnel et de la gouvernance du secteur, avec par exemple la promulgation de la Loi d’Orientation Agricole, élaborée conjointement par les Départements ministériels en charge de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’Environnement et qui est un instrument législatif conçu avec, par et pour l’ensemble des acteurs du secteur en appui à la mise en œuvre de la vision de développement agricole du Gouvernement,
Toujours dans la Gouvernance et le cadrage institutionnel, nous retiendrons la validation en Conseil Interministériel de la réforme foncière agricole qui devrait déboucher sur une loi pour la sécurisation du foncier agricole cette fin d’année ou encore la Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture et celle de la Gestion des Intrants Agricoles élaborées de façon concertée avec l’ensemble des acteurs et parties prenantes du secteur.
·La mobilisation des appuis opérationnels pour l’accroissement de la production et de la productivité, avec l’organisation régulière des campagnes agricoles et celles de contre- saison. Chaque année, ce sont d’importantes quantités d’intrants agricoles, engrais et semences qui sont mobilisés par le Département pour couvrir une grande partie des besoins des producteurs. En 2025 par exemple, nous retiendrons l’acquisition et la distribution de 1250 tonnes de semences de riz, 650 tonnes de semences de maïs, 22 000 tonnes d’engrais NPK, 18 000 tonnes d’Urée, 4 000 tonnes de potasse et des produits phytosanitaires
La mise à disposition aux petits producteurs de matériels et engins agricoles à crédits à taux bonifiés à travers les mécanismes financiers du Fonds de Développement de l’Agriculture (16 milliards de nos francs injectés dans le secteur cette année) ou en location à travers les Centres de Prestation Agricoles de la SOGUICODA pour réduire la pénibilité du travail, augmenter les superficies, garantir l’accroissement des rendements et la réduction des pertes post récolte.
· La relance de tous nos projets de Développement qui nous permettent aujourd’hui de satisfaire une grande partie des bénéficiaires avec des interventions au niveau des aménagements Hydroagricoles (quasiment 3000 ha de plaines et de bas-fonds aménagés sur la période, 930 km de pistes réalisées), d’accompagnement de nos producteurs à travers le conseil agricole pour le transfert de technologies, le renforcement de leurs capacités (72 800 ménages agricoles encadrés chaque année), et la structuration de leurs organisation professionnelles intégrées dans les chaines de valeur des filières, ainsi que la Recherche Développement ;
· La reconduction de plusieurs projets et programmes en phase de clôtures avec l’obtention d’un financement de 100 millions de dollars pour la phase 2 du Projet de Développement de l’Agriculture Commerciale en Guinée, la poursuite du projet AgriFarm mis en œuvre avec l’aide du FIDA, des projets stratégiques comme l’appui à la mise en œuvre de la réforme foncière avec l’appui de l’AFD, la poursuite des projets pistes, ou encore l’intégration de la Guinée au programme AgriConnect de la Société Financière Internationale.
Merci aux coopérations bilatérales qui nous soutiennent à l’image des coopérations Italienne et Japonaise.
· La relance des grandes sociétés sous tutelle du Ministère à savoir la SOGUIPAH en Guinée Forestière (qui vient de lever un fonds 30 milliards de GNF auprès de la Banque Islamique de Guinée) et la Société Cotonnière de Kankan en Haute Guinée avec la réalisation d’un diagnostic institutionnel et organisationnel ainsi que la mobilisation de capitaux pour la relance de leurs investissements et une plus grande autonomie dans leurs fonctionnements.
· L’appui et l’accompagnement des femmes, des jeunes, des agro champions évoluant dans les activités agricoles, au développement du capital humain, de la recherche agricole et de l’innovation, du conseil agricole, sans oublier la mise en place d’un cadre d’échanges et de concertation avec les partenaires techniques et financiers, de la mobilisation des ressources financières et le développement de partenariats publics – privés avec la signature de plusieurs conventions institutionnelles permettant la mise en place de projets agricoles productifs, créateurs de richesses et d’emplois à l’image de la Convention d’investissement signée entre l’entreprise GoGuinee Agricultural et le Ministère pour la mise en valeur de plus de 5000 hectares dans la région de banian.
Identifié comme l’accélérateur principal de la mise en œuvre de la vision du Président de la République de Guinée pour la transformation du pays, le Programme “SIMANDOU 2040” se présente comme le Programme le plus ambitieux de la Guinée, orienté exclusivement vers le développement socio-économique durable et responsable du pays pour les 15 prochaines années.
Avec le volet 1 du Programme Simandou 2040 « Agriculture, Industrie agroalimentaire et Commerce »,l’agriculture guinéenne s’engage d’un mode de production de subsistance à des pratiques intensives axées sur la productivité et la compétitivité en prenant pleinement en compte la résilience climatique et la sécurité alimentaire des populations.
Mesdames et Messieurs, Distingués Invités,
Depuis 3 mois, et dans le cadre de son Pilier N°1 « Agriculture, Industrie alimentaire et Commerce », le Ministère de l’agriculture travaille sur la mise en place de nouveaux outils à l’image du Guichet Unique de l’Agriculteur, de la Direction Générale de la Transformation et de l’Innovations Agricole ou encore la Cellule d’Exécution des Projets du Programme Simandou 2040.
Le premier outil, notre Guichet Unique de l’Agriculteur, qui fera l’objet d’une démonstration dans un instant, a pour mission de faciliter l’accès des producteurs agricoles, des organisations professionnelles, des décideurs, des Partenaires Techniques et Financiers et des opérateurs économiques du secteur rural aux services, formalités, informations et appuis techniques, administratifs et financiers offerts par le Ministère de l’Agriculture et ses partenaires.
Ce nouvel outil constitue dès lors le cadre unique de coordination, de traitement et de suivi des demandes des acteurs agricoles dans le but d’améliorer la performance, la transparence et l’efficacité de l’action publique en faveur du monde rural.
Le second outil, à savoir la Direction Générale de la Transformation et de l’Innovation Agricole, a pour mission de promouvoir et développer une agriculture plus intelligente, attractive pour les jeunes et les femmes, durable, rentable et résiliente, capable de répondre aux défis de la sécurité et de l’autosuffisance alimentaires, du changement climatique et de la durabilité.
Il s’agira à travers ce nouvel outil de développer et de diffuser plus rapidement de nouveaux produits ou services digitaux et de s’adapter aux besoins du secteur avec l’intégration du numérique dans la gestion et l’utilisation des données générées par les différentes structures du Département.
Dans un secteur confronté aux chocs climatiques, à une concurrence accrue et à la volatilité des marchés des produits agricoles, cette Direction nous permettra de mieux comprendre les comportements, anticiper les tendances et faciliter les prises de décisions éclairées, qu’elles soient techniques ou financières.
Le troisième Outil, la Cellule d’Exécution des Projets du Programme Simandou 2040 avec pour mission de soutenir la conception, la mise en œuvre et le suivi évaluation des projets et programmes, est mis en place pour améliorer la planification, l’exécution, le suivi opérationnel et la gestion des risques, dans la conformité institutionnelle et pour l’ensemble du portefeuille de projets et programmes du Département.
Sachez Mesdames et Messieurs que lors de ces 3 derniers mois, d’importants progrès ont été réalisés concernant la mise en place de ces nouvelles structures au sein du Ministère et je tiens à féliciter ici l’ensemble des Autorités et des Cadres des Départements concernés qui se sont donnés corps et âmes dans l’élaboration et la préparation de ces outils.
D’ores et déjà, il est prévu que ces nouveaux outils soient disponibles d’ici cette fin d’année pour répondre aux besoins de leurs utilisateurs et bénéficiaires.
C’est dans ce contexte que nous sommes ici aujourd’hui, pour entendre, comprendre et apprendre des expériences et bonnes pratiques des parties prenantes et acteurs du monde agro pastoral mais aussi pour nous permettre de partager avec vous notre projet en toute transparence.
Mesdames et Messieurs,
Nous avons la ferme intention de réussir ce qui n’avait jusqu’ici pas pu être entièrement fait : Augmenter et adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et des transformateurs ; conquérir de nouvelles parts de marché en Afrique de l’Ouest et à l’international, faire rayonner l’excellence des produits locaux guinéen et le contenu local ; renforcer les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs ; mieux répondre aux attentes des producteurs, acteurs économiques, investisseurs, consommateurs et assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations guinéennes, encourager la concertation institutionnelle.
« Pour la Guinée, j’ai dit et je redis que l’agriculture n’est pas seulement un secteur productif, c’est un choix de société et un acte de souveraineté. C’est la colonne vertébrale de notre économie, la source de notre stabilité et la promesse de notre dignité collective.
Fort de notre nouvelle organisation et conformément au Programme Simandou qui nous lie, nous allons travailler tous ensemble sur :
· La rentabilité des exploitations, le renouvellement des générations, l’amélioration des conditions de travail, la mobilisation des financements, la consolidation de la place de l’agriculteur dans la chaîne de valeur,
· Le développement d’une agriculture de précision, numérique, robotique avec la recherche et le développement de nouvelles techniques de sélection, de production, de transformation,
· L’adaptation au changement climatique, la gestion de l’eau, la biodiversité, la diffusion de concept telle l’agroforesterie,
· La poursuite de la mise en œuvre de réformes institutionnelles fortes pour moderniser notre administration et la rendre plus redevable et transparente au service des acteurs du monde rural,
En inscrivant l’agriculture au cœur du Programme national Simandou 2040, nous affirmons notre volonté de transformer les richesses naturelles du pays en prospérité partagée.
L’agriculture de demain sera multiple et devra s’adapter pour se développer, qu’elle soit agroécologique, durable, familiale, intensive, paysanne, villageoise ou encore périurbaine et urbaine.
Notre ambition est claire : bâtir une agriculture moderne, compétitive, inclusive et durable, capable d’assurer la sécurité alimentaire et de créer des chaînes de valeur porteuses de croissance.
Cela signifie que chaque investissement, chaque réforme, chaque innovation dans le secteur agricole doit se traduire par plus d’emplois pour les jeunes, plus d’opportunités pour les femmes rurales, et plus de sécurité alimentaire pour nos familles.
Les progrès de notre secteur doivent s’affirmer à tous les niveaux de l’action individuelle et collective. L’important est de croire en son évolution au bénéfice des populations et des gens qui en vivent : c’est à nous tous d’en décider ! Pas de pays sans paysans, pas de marché sans production locale, pas de revenu sans emploi, pas de consommateur sans produits de qualité.
Je voudrais terminer mon propos en remerciant nos partenaires techniques et financiers pour leurs contributions au combien essentielles pour le développement de notre secteur.
Nous avons le potentiel pour que notre agriculture devienne la plus belle agriculture du monde. Nous croyons dans les hommes et les femmes qui chaque jour donnent de leur vie pour produire, distribuer, nourrir.
Je tiens ici à les remercier.


















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