Leguideinfo.net : En ce début d’année 2026, le visage de la présence américaine en Afrique évolue positivement. Le Général Dagvin Anderson, nouveau commandant de l’US Africa Command (AFRICOM), vient de lever le voile sur une doctrine révolutionnaire. C’est son tout premier oral de l’’année. Il a tracé les contours de la nouvelle doctrine américaine en Afrique. Exit le « tout-militaire » ; place à une stratégie intégrée où les drones de surveillance protègent les rails de chemin de fer et où la prospérité économique devient l’arme ultime contre l’extrémisme.

Entre la lutte acharnée contre le terrorisme au Sahel et en Somalie, et l’émergence d’une diplomatie économique adossée à la sécurité, les États-Unis affinent leur stratégie face à des menaces de plus en plus complexes.
La Doctrine Anderson : « La Sécurité est le Carburant de la Prospérité »
Le Général Anderson, fort de son expérience passée à la tête des opérations spéciales sur le continent, ne revient pas en terrain inconnu. Sa vision pour 2026 est claire : l’armée américaine n’est plus seulement là pour combattre, mais pour stabiliser des marchés. « La sécurité conduit à la stabilité ; cette stabilité crée des possibilités d’investissement ; et cet investissement crée la prospérité tant pour les partenaires africains que pour les États-Unis », a affirmé le Général.
L’exemple phare de cette convergence est le Corridor de Lobito. En sécurisant cet axe ferroviaire vital reliant l’Angola, la RDC et la Zambie, l’AFRICOM prouve que la protection des ressources minières et des infrastructures est le meilleur rempart contre le chaos
« Tout d’abord, je tiens à dire que je suis heureux d’être de retour en Afrique. Je suis le nouveau commandant ici, à l’AFRICOM. Je suis là depuis environ cinq mois, mais l’Afrique n’est pas nouvelle pour moi ni le travail sur ce continent, ayant été commandant des opérations spéciales pour l’Afrique il y a quelques années, juste en bas de la colline, ici, à Kelley Barracks. Je suis donc très heureux de collaborer de nouveau avec nos partenaires et de pouvoir entendre des points de vue différents. »
Technologie et « Indépendance Opérationnelle »
L’heure n’est plus à l’assistance passive, mais au partage de haute technologie. Le Sergent-Major Garric Banfield a insisté sur l’importance des systèmes de surveillance maritime et de fusion de renseignements (ISR). L’objectif ? Donner aux partenaires africains les yeux et les oreilles nécessaires pour sécuriser leurs propres frontières, du Golfe de Guinée à l’Océan Indien. Le constat du général Anderson est sans appel : la nature de la guerre change en Afrique. Pour répondre à l’expansion de groupes comme Daech, Al-Qaïda et les Chabab, l’AFRICOM mise désormais sur une « indépendance opérationnelle » de ses partenaires, dopée par la technologie.
« Nous examinons les opportunités commerciales qui ont une incidence sur la sécurité ou des implications en matière de sécurité, mais aussi les manières de partager des informations et des connaissances et faire face ensemble à ces menaces. Parce que la sécurité conduit à la stabilité ; cette stabilité crée des possibilités d’investissement ; et cet investissement crée la prospérité tant pour les partenaires africains que pour les États-Unis. »
Le Général Anderson souligne l’humilité de cette nouvelle approche : « Je suis très intéressé par ce que nos partenaires africains peuvent nous apprendre. Je collabore étroitement avec des leaders comme le sergent-major Omari Haji du Kenya. C’est un apprentissage mutuel. »
Le général a également partagé son expérience en Afrique de l’Ouest. Il indique avoir déjà foulé le sol d’au moins 11 pays et les échanges sont fructueuses.
Offensive 2026 : Un Calendrier de Force Multilatérale
Pour contrer la pression du JNIM et de Daech, l’année 2026 sera ponctuée par des manœuvres sans précédent, prouvant que les États-Unis misent sur des coalitions diversifiées :
- African Lion (Mai 2026) : 19 pays africains s’entraîneront au Maroc aux côtés de partenaires européens et sud-américains.
- Flintlock (Forces Spéciales) : Un événement historique en Côte d’Ivoire et en Libye, où, pour la première fois, des instructeurs italiens formeront des unités libyennes unifiées (Est et Ouest).
- Justified Accord : Une réponse directe aux menaces des Chabab et des Houthis en Mer Rouge, centrée sur le Kenya, Djibouti et la Tanzanie.
Le Nigeria et le Maghreb : Les Nouveaux Piliers Régionaux
Face à la menace grandissante au Sahel qui pèse sur les capitales d’Afrique de l’Ouest, l’AFRICOM a désigné ses champions. Le Nigeria est aujourd’hui le modèle du partenariat réussi : une fusion de renseignements qui permet à Abuja d’agir avec une précision chirurgicale. Parallèlement, les États-Unis encouragent le Maroc et la Tunisie à devenir des « centres d’excellence », formant les armées du continent pour créer une architecture de sécurité véritablement « par les Africains, pour l’Afrique ».
Une Pression Constante : La Stratégie des Frappes Ciblées
Interrogé sur l’usage des frappes aériennes, notamment en Somalie, le Général Anderson a défendu une ligne de fermeté. Pour lui, la technologie des frappes chirurgicales est essentielle pour :
- Réduire les sanctuaires terroristes (comme dans les monts Golis).
- Protéger les troupes locales au sol.
- Neutraliser la mobilité des leaders djihadistes.
Le sergent-major Garric Banfield a souligné l’importance de l’innovation, non plus seulement comme un outil américain, mais comme un partage de compétences. Les États-Unis proposent désormais des solutions de surveillance maritime et de fusion de renseignements (ISR) pour sécuriser les frontières et lutter contre la piraterie dans le golfe de Guinée et l’Océan Indien.
« Je suis en quelque sorte dans une phase d’apprentissage à un nouveau niveau. Lors de ma dernière affectation, nous nous sommes concentrés sur les opérations spéciales, et à ce poste, nous nous concentrons sur l’ensemble de l’appareil sécuritaire avec tous les services et les pays partenaires. Je suis ravi de collaborer avec les sous-officiers de commandement de nos partenaires, tels que le sergent-major Omari Haji du Kenya, et j’apprends beaucoup à ses côtés. Je suis heureux de voir ce que les forces américaines peuvent faire, de voir la manière dont nous pouvons nous associer aux pays africains et identifier les problèmes de sécurité et les aider à les résoudre, et je suis également très intéressé par ce que nos partenaires africains peuvent nous apprendre. »
La convergence « Économie-Sécurité » : Le modèle du corridor de Lobito
C’est sans doute l’élément le plus novateur de ce point de presse. Le général Anderson a martelé que le Pentagone ne regarde plus la sécurité uniquement sous le prisme militaire. « La sécurité conduit à la stabilité, la stabilité crée des possibilités d’investissement, et ces investissements conduisent à la prospérité », a-t-il résumé.
Le projet du corridor de Lobito (reliant l’Angola, la RDC et la Zambie) a été cité comme l’exemple parfait : un investissement dans le rail et les mines qui, en stabilisant la région, réduit mécaniquement les opportunités pour les groupes extrémistes. C’est la fin du « tout-militaire » au profit d’une approche intégrée.
Le poids des frappes ciblées
Interrogé sur l’augmentation des frappes aériennes, notamment en Somalie, le général Anderson a défendu une stratégie de « pression constante ». Selon lui, ces interventions chirurgicales permettent de réduire le sanctuaire des groupes terroristes et de protéger les troupes locales au sol, tout en limitant les capacités de mouvement des dirigeants djihadistes.
Répondant à une question de notre confrère Mamadou Diallo (FIM FM), le commandant de l’AFRICOM a exprimé sa vive préoccupation face à la pression du JNIM et de Daech au Sahel.
«Nous considérons clairement la menace croissante, tant de Daech que d’Al-Qaïda, comme un problème. Et le JNIM est clairement affilié à Al-Qaïda au Sahel. Nous les voyons exercer de plus en plus de pression dans ces régions, en particulier dans le Sahel, qui fait peser un danger sur les capitales de la région, jusqu’à certains autres pays. Et encore une fois, après avoir voyagé dans plusieurs pays le long du golfe de Guinée, je comprends les préoccupations qu’ils partagent face à cette menace qui continue de s’étendre. Je dirais que cela souligne l’importance de la conférence d’Aqaba, qui s’est tenue à Rome il y a quelques mois, où le Premier ministre italien et le roi de Jordanie ont attiré l’attention sur cette question et souligné l’importance de lutter contre cette menace. Nous continuerons de collaborer avec les partenaires qui le souhaitent pour lutter contre cette menace commune dans toute la région», indique le Général avec un ton rassurant.
Toutefois, il a érigé le partenariat avec le Nigeria en modèle. Grâce à une fusion de renseignements avec des équipes américaines, Abuja renforce ses capacités de frappe et de prévention. L’AFRICOM encourage également le Maroc et la Tunisie à devenir des « centres d’excellence » pour former les armées du reste du continent, créant ainsi une architecture de sécurité « par les Africains, pour l’Afrique ».
L’Essentiel à Retenir
Le « New Deal » de l’AFRICOM pour 2026 marque la fin de l’ère de l’ingérence pour celle de la co-croissance. En liant le succès du Pentagone au succès des entreprises africaines et américaines sur le continent, le Général Anderson propose un pari audacieux : transformer les zones de conflit en pôles de développement.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Tél : +224 620 48 07 07
















