Leguideinfo.net : À l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) a livré un plaidoyer musclé. Dans un contexte de divorce consommé entre le syndicat et le patronat, le doyen Diallo a alterné entre hommages vibrants aux icônes du métier et tacles glissés contre une nouvelle génération qu’il juge en quête de repères.

Un Panthéon de la Dignité : « Mire-vous sur eux »
L’ouverture du discours fut une véritable pluie de fleurs. En citant ses mentors, de Justin Morel Jr à Madeleine Maka, le président de la HAC a rappelé que le journalisme guinéen a des racines nobles. Il a rendu hommage à ceux qui, malgré l’âge, sont restés des journalistes « avec une grande dignité ».
« Voilà mes maîtres. Voilà mes protecteurs. Voilà nos modèles à nous. Et je vous suggère de les prendre comme des modèles. Ils ont choisi l’éthique. Ils ont choisi la liberté. Ils ont choisi l’indépendance. Mais ils ont choisi surtout la responsabilité et la dignité. »
Pour lui, ces pionniers sont les miroirs dans lesquels la jeune génération, notamment les jeunes femmes de la télévision, doit se regarder : « Les jeunes filles qui veulent faire de la télévision, mire-vous sur Madeleine Maka. Avec Agnès Satoubela Diallo, Sarah Ntouré… Elles ont présenté les meilleurs journaux télévisés. »
Le Divorce Syndicat-Patronat : La HAC porte l’estocade
L’ombre de la discorde planait sur la salle. La veille, le Syndicat de la presse avait acté son incapacité à s’accorder avec le patronat sur trois revendications majeures. La réponse de Boubacar Yacine Diallo a été cinglante, remettant en cause la structure même de la profession, de la presse écrite qu’il juge en « manque de leadership » au syndicalisme qu’il estime sans base solide.
« Faudrait-il avoir un emploi pour être dans un syndicat ? Je vois dans le syndicat des responsables qui n’ont pas d’emploi. Moi je le sais parce que j’ai leur carte de presse. […] Comment celui-ci peut défendre une profession ? Voilà la réalité. Et vous le savez. Et vous ne le dites pas. »
Il a tranché net sur la question contractuelle : « Moi je ne serai pas de ceux qui vont encourager à signer une convention collective avec un syndicat qui n’existe pas. »
Sanctions et Liberté : « Vous allez nous apprendre quoi ? »
Sanctions et Liberté : « Vous allez nous apprendre quoi ? »
Face aux critiques sur les sanctions de la HAC, le « Grand Commis de l’État » est resté de marbre. Sa ligne de défense est de granit : la HAC ne fait qu’appliquer la loi votée par le législateur.
« J’entends dire que la HAC sanctionne. Je demande simplement à ceux qui le disent, y compris le syndicat, d’aller voir le législateur et lui dire de retirer toutes les sanctions de la loi. […] Pour sanctionner, nous ne demandons l’avis de quelqu’un. Et pour lever, nous ne demandons l’avis de quelqu’un, ni des associations, ni du syndicat. »
Sur la liberté de la presse, il a rappelé son propre martyre, lui qui fut arrêté en 1985 (il y a 41 ans) sous le préfet Camus, puis condamné à un an de prison plus tard : « Vous allez nous apprendre quoi ? Vous avez découvert la presse, elle était libre, elle était indépendante. Et vous partirez de la presse, vous la laisserez libre et indépendante. »
Le Conseil du Maître : La Règle du Miroir
Au-delà de la fermeté, le discours s’est conclu par une leçon de déontologie d’une simplicité redoutable pour contrer l’irresponsabilité.
« Toutes les fois que vous voulez publier un article, remplacez par votre nom le nom de celui dont vous parlez. Et vous voyez si on peut diffuser ou pas. C’est aussi simple, le journalisme. »
L’essentiel en trois points :
- Le Procès de l’Improvisation : Pour le président de la HAC, « il n’y a pas de mauvais journalistes. Ou on est journaliste, ou on ne l’est pas. » Il fustige ceux qui utilisent la dépénalisation pour « commettre des dégâts » et « prendre de l’argent ».
- La Reconnaissance de l’État : Il a salué le Général Mamadi Doumbouya qui, « à peine arrivé au pouvoir », a valorisé la carte de presse et offert une Maison de la Presse abritant syndicats et associations : « Montrez-moi un seul pays où l’Etat a donné des locaux à un syndicat de la presse. Montrez-le-moi ! »
- La Mission de l’Indépendance : Le rappel que la HAC est une institution de la République qui ne cèdera pas aux pressions de la rue ou des associations : « Quiconque viendra là-bas, vous serez obligés d’appliquer la loi. »
En somme, ce discours restera comme celui d’un arbitre qui, fort de ses cicatrices de vétéran, refuse de voir le journalisme guinéen sombrer dans l’irresponsabilité. Une leçon de dignité adressée à la postérité.
Mamoudou Boulléré DIALLO, pour leguideinfo.net
Tél : +224 620 48 07 07















