Leguideinfo.net : Dans les marchés de Conakry, les plastique a usage unique sont partout. Dans les rues aussi, et souvent dans les caniveaux. Depuis septembre, sa fabrication et sa commercialisation sont pourtant interdites en Guinée. Pour que la règle entre dans les habitudes, le gouvernement a décidé de commencer par parler. À Conakry, le ministère de l’Environnement et du Développement durable vient de lancer une campagne de sensibilisation, avec en première ligne un atelier de formation.
Cinquante-cinq relais pour toucher tout le monde
Ils étaient 55 à y participer : 30 journalistes, 10 leaders religieux, 10 administrateurs de marchés et 5 représentants de la société civile. Le choix n’a rien d’un hasard, a expliqué le ministre Fassou Théa. Selon lui, ces acteurs disposent des relais les plus écoutés par la population : radios, télévisions, réseaux en ligne, mosquées, églises, marchés. Les lieux les plus touchés par les déchets plastiques sont d’ailleurs les mêmes : les marchés, les espaces publics, les abords des lieux de culte.
Au programme : les effets des plastiques sur l’environnement et sur la santé, et le contenu des textes. À la fin, les participants se sont engagés à porter ces messages auprès du public, en français comme dans les langues nationales.

« Ce n’est pas la répression »
Le ministre a insisté sur la méthode. « Ce n’est pas la répression, c’est la sensibilisation, c’est l’adhésion, c’est l’appropriation », a-t-il affirmé, en rappelant que l’objectif est l’éradication des déchets plastiques, qui, dit-il, causent des maladies et salissent les villes. Il a aussi annoncé la mise en place, sous la coordination du Premier ministre, d’un comité interministériel chargé de la mise en œuvre effective des instructions du chef de l’État.

Pour lui, l’atelier est un point de départ, pas une fin : « Nous ne voulons pas nous arrêter à cet atelier. » Le gouvernement attend des participants une vraie vulgarisation de la loi, y compris des sanctions prévues pour ceux qui ne la respecteraient pas.

Dans les marchés, une mission à relayer
Du côté des administrateurs de marchés, le message semble avoir été reçu. Moussa Kourouma, administrateur adjoint du marché de Tannerie, à Matoto, dit participer à la formation pour « faire comprendre aux usagers » l’intérêt des plastiques biodégradables, afin de rendre la ville plus propre.
Mohamed Ifono, son homologue du marché de Lanssanaya Barrage, à Tombolia, compte d’abord réunir les chefs de secteur, puisque son marché est divisé en plusieurs secteurs. Ils iront ensuite parler aux commerçantes. Il plaide pour que population et gouvernement « se donnent la main » afin de trouver les meilleures solutions.
Côté médias, Téninké Sangaré, journaliste à Évasion TV, connaissait déjà les dégâts du plastique, mais reconnaît avoir « beaucoup appris ». Dès sa sortie, dit-elle, elle compte sensibiliser sa rédaction et rappeler qu’il existe des sachets réutilisables, capables de rendre le même service.
Cette campagne s’inscrit dans un calendrier précis. Le décret interdisant les objets plastiques à usage unique a été signé en septembre 2024 et prévoit plusieurs échéances progressives, pour laisser au secteur privé le temps de s’adapter. Mi-septembre 2026, une mission du ministère a d’ailleurs visité plusieurs départements ministériels pour les inviter à montrer l’exemple avant l’entrée en vigueur de l’interdiction. Des contrôles accrus étaient annoncés à partir de septembre 2026, et la ministre de l’époque reconnaissait que la réussite de la réforme dépendrait de l’adhésion des citoyens.
C’est précisément le pari de cet atelier. Reste à savoir si le message passera dans les marchés, là où se joue le quotidien de millions de Guinéens, et si des alternatives accessibles seront disponibles à des prix abordables.
Mamoudou Boulléré Diallo, leguideinfo.net
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