Leguideinfo.net : « Une loi sur papier, un mépris sur le terrain ». C’est le cri de détresse lancé par les personnes en situation de handicap en Guinée. Entre les promesses signées au Palais et les escaliers qui bloquent la rue, le fossé se creuse. Au micro de Le Guide TV, Ousmane Diané, Président de la Fédération Guinéenne pour la Promotion des Personnes Handicapées, dénonce une exclusion qui ne dit pas son nom. Pour cet acteur majeur, la dignité ne se décrète pas : elle se construit au bas des marches des édifices publics.
Une avancée législative… bloquée sur papier
La Guinée a franchi une étape historique le 20 août 2025 avec l’adoption par le Conseil National de la Transition (CNT) de la loi portant sur la Promotion et Protection des Droits des Personnes en situation de Handicap, passant de 76 à 120 articles, renforçant les droits et la dignité des personnes en situation de handicap. Promulguée en septembre 2025 par le Général Mamadi Doumbouya, cette loi promettait l’accès prioritaire aux services et des infrastructures adaptées.
Pourtant, quelques mois plus tard, le constat est amer. Les experts soulignent que la loi reste une coquille vide sans décrets d’application concrets et sans une réelle volonté politique de transformer nos villes.
Un constat sans appel : « On nous ignore »

Porté à bout de bras pour accéder à une salle de conférence lors d’un récent événement, Ousmane Diané refuse de voir ce geste comme une fatalité :
« Ce n’est pas de gaieté de cœur. Je souhaiterais monter par moi-même », confie-t-il, rappelant qu’au Rwanda ou en Europe, l’autonomie est la norme.
Pour lui, le mal est profond et culturel : « Tout est conçu comme si les personnes en situation de handicap n’existaient pas. Dans le subconscient des Guinéens, nous ne sommes pas censés fréquenter les grands hôtels ou les conférences. »
« On ne peut pas monter les marches de la justice »
L’inaccessibilité physique des lieux de pouvoir est un point critique. « C’est une discrimination pure et simple. Comment un citoyen en fauteuil roulant peut-il faire valoir ses droits si les tribunaux, les ministères et les mairies n’ont pas de rampes ? », s’interroge M. Diané.

Le problème est systémique. Déjà en 2020, des voix dénonçaient que le ministère chargé de la Solidarité se trouvait au 6ème étage d’un immeuble dont l’ascenseur était perpétuellement en panne. Aujourd’hui, les nouveaux chantiers publics continuent trop souvent d’ignorer les normes d’accessibilité universelle.
L’appel direct au Chef de l’État : Passer du décret à la rampe
S’il salue les efforts récents à la Primature ou au Palais du Peuple, Ousmane Diané interpelle directement le Président Mamadi Doumbouya sur trois leviers d’urgence :
- Audit de conformité : Interdire l’inauguration de tout nouveau bâtiment public non accessible.
- Aménagement de l’existant : Lancer un programme national d’urgence pour l’installation de rampes et d’ascenseurs dans les administrations clés.
- Infrastructures réelles : Veiller à ce que les projets financés par les institutions internationales (Banque Mondiale, etc.) intègrent réellement les rampes sur le terrain.
« Si vous ne participez pas à la vie économique et sociale, vous ne répondez pas au statut de citoyen. La dignité passe par l’accès », martèle le président de la Fédération.
Pour une Guinée réellement inclusive
L’accessibilité est le premier test de la sincérité d’une politique sociale. Si un citoyen ne peut accéder physiquement à un bureau de vote, à une école ou à un hôpital, la loi promulguée n’est qu’un mirage. Il est temps que les « 120 articles » quittent les tiroirs poussiéreux pour devenir des briques, des rampes et des ascenseurs.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour Leguideinfo.net
Tél : +224 620 48 07 07















