Leguideinfo.net : Alors que des tensions ont récemment fustigé les rives du fleuve Makona, opposant des jeunes Guinéens et Libériens sur des questions de tracé frontalier, l’expert en ingénierie de développement local, Jean Tamba Koumondouno (JTK), tire la sonnette d’alarme.



Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction ce lundi, 16 mars 2026, ce fils du terroir, par ailleurs, fondateur du Cabinet International de Formation et d’Appui au Développement Local (CIFADEL), appelle à la raison et rappelle l’absurdité d’un conflit entre des populations issues des mêmes familles.
L’atmosphère est restée électrique ces derniers jours à Makona, dans la préfecture de Guéckédou. Sur ce site où la frontière entre la Guinée et le Libéria se dessine au fil de l’eau, des agitations de jeunes des deux côtés ont failli faire basculer la région dans l’affrontement. Pour Jean Tamba Koundouno, sociologue et expert reconnu en développement communautaire, le spectacle de cette jeunesse réclamant « l’ordre de tirer » est un traumatisme.
« J’en ai pleuré… depuis ce jour, je ne dors pas tranquillement », indique ce fils du terroir.
Originaire de Guéckédou, JTK ne cache pas son amertume. Ayant vécu les stigmates des incursions rebelles qui ont frappé la ville par le passé, il mesure mieux que quiconque le prix du sang.
« Guéckédou ne s’est toujours pas relevée de quatre mois de conflit passés. Voir nos jeunes s’agiter ainsi m’a causé des insomnies. J’en ai pleuré », confie-t-il.
Selon l’expert, l’agressivité constatée sur le terrain, notamment du côté des jeunes Libériens vis-à-vis des militaires guinéens, témoigne d’une méconnaissance profonde de l’horreur de la guerre. « Soit ils étaient trop petits, soit ils n’étaient pas nés lors des guerres civiles. Ceux qui ont vécu la guerre préféreraient qu’on leur pique l’œil plutôt que de revivre cela. »
Au-delà de l’aspect sécuritaire, c’est l’absurdité sociologique de cette crise que pointe le directeur du Cabinet International de Formation et d’Appui au Développement Local. À la Makona, la frontière ne sépare pas deux éthnies rivales, mais une seule et même communauté : les Kissi.
« C’est l’Occident qui nous a séparés à la conférence de Berlin. Des deux côtés du fleuve, nous sommes de même père et mère », rappelle JTK, citant l’exemple de sa propre famille dont une partie réside à Monrovia et l’autre à Koudou Lengo Bengou (Guinée). Pour lui, voir des membres d’une même lignée se disputer pour un tracé colonial est une aberration historique.
De retour d’un voyage en Europe en mars 2025, Jean Tamba Koundouno dresse un constat amer : alors que les pays qui ont décrété le partage de l’Afrique ont supprimé leurs propres frontières (Espace Schengen), l’Afrique continue de se déchirer pour des lignes invisibles.
« J’ai traversé la frontière entre la France et la Suisse sans aucun contrôle. C’est nous, en Afrique, qui continuons à nous agiter. La CEDEAO devrait supprimer les frontières physiques. Qu’elles restent théoriques pour la juridiction, mais que la circulation soit libre ! »
Pourquoi cette ferveur belliqueuse chez les jeunes ? Pour notre interlocuteur, la réponse est socio-économique. Le manque d’opportunités transforme la jeunesse en proie facile pour les discours identitaires.
« Ces jeunes sont inoccupés à 90 %. Quelqu’un qui passe tout son temps sur Facebook à envenimer les choses est souvent un chômeur sans occupation constructive. Nos priorités devraient être la lutte contre la pauvreté, pas l’achat de munitions. »
En conclusion, l’expert exhorte les États guinéen et libérien à reprendre la main de manière diplomatique. Si la souveraineté nationale sur les 245 857 km² de la Guinée est non négociable, elle doit être gérée par des spécialistes et des techniciens, et non par la rue.
Son message final à la jeunesse des trois pays (Guinée, Libéria, Sierra Leone) est sans équivoque : la paix est le seul socle de développement possible. « Un conflit, on sait comment il commence, on ne sait jamais comment il finit », a martelé l’expert.
Faya Éloi Kamano, pour leguideinfo.net
Tél : +224 622 54 95 37
















Partner with us for generous payouts—sign up today!
Start sharing, start earning—become our affiliate today!