Leguideinfo.net : Conakry, en ce jeudi 16 avril 2026, s’est éveillée sous le linceul d’une brume plus lourde que l’accoutumée. À l’heure où les premiers rayons du soleil hésitent encore à percer la voûte céleste, aux environs de six heures, une nouvelle s’est propagée comme un souffle d’harmattan, glacée et irréversible : Elhadj Mamadou Sylla, l’illustre « Sylla Patronat », a rendu l’âme en sa demeure de Dixinn-Bora. La mort, cette visiteuse importune qui ne frappe jamais sans emporter une part de notre grandeur nationale, vient de clore le livre d’une existence qui fut, à bien des égards, une épopée de l’effort et un monument de la volonté.

L’annonce de sa disparition plonge la scène politique et économique guinéenne dans une stupeur sacrée. Comment ne pas être saisi par l’émotion devant le départ de cet homme qui fut, sa vie durant, le trait d’union entre l’audace de l’entrepreneur et la ferveur du patriote ? Mamadou Sylla n’était pas seulement un homme d’affaires richissime ; il était l’incarnation d’un dynamisme qui ne connaissait point de repos. Dans le secteur privé, il fut ce capitaine d’industrie dont la boussole ne pointait que vers l’investissement et la création. Là où d’autres voyaient des déserts, il dessinait des oasis de prospérité. Sa holding n’était pas qu’un empire de chiffres, mais le témoignage vivant d’une foi inébranlable en la capacité du génie guinéen à s’imposer sur l’échiquier du monde.
Mais le moraliste nous enseigne que la fortune n’est rien si elle ne s’accompagne d’un dessein plus vaste. Sylla l’avait compris. En fondant l’Union Démocratique de Guinée (UDG), il a transporté son énergie des conseils d’administration aux tribunes populaires. Il fut ce leader capable de mobiliser les foules, non par la vaine promesse, mais par la force d’une présence qui imposait le respect. Sa voix, grave et mesurée, pesait de tout son poids dans les débats nationaux. Il savait que la politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire, et il s’y est employé avec une constance qui forçait l’admiration de ses pairs, comme de ses adversaires.
Sa disparition survient à une heure grave, à ce moment charnière où la nation s’apprête à renouveler ses espérances lors des prochaines échéances électorales. Son parti, l’UDG, se retrouve orphelin de son guide au milieu du gué. Pourtant, si le corps s’incline devant la loi d’airain de la nature, l’esprit, lui, demeure. Ses proches collaborateurs, dont la tristesse n’a d’égale que la détermination, nous assurent déjà que le flambeau ne s’éteindra pas. Des dispositions sont prises pour que l’œuvre politique et économique de ce géant survive à la poussière du tombeau. Car Mamadou Sylla a semé des graines qui, même en son absence, continueront de germer dans le sol fertile de notre République.
Il nous quitte alors que l’ombre portée de son influence s’étendait sur chaque pan de notre vie publique. Il fut le Patronat par le titre, mais il fut surtout le patron par l’exemple. Que la terre de Guinée, qu’il a tant chérie et tant servie, lui soit légère. Que son nom reste gravé au fronton de nos mémoires comme celui d’un homme qui a su marier la réussite matérielle à la noblesse de l’engagement. Adieu, Sylla Patronat. La Guinée pleure un fils, mais l’histoire accueille un nom.
Bassamba Amine














