Leguideinfo.net : Dans la salle, son intervention a résonné comme un signal d’alarme bienveillant. S.E. Tarek Chazli, chef de la diplomatie italienne en Guinée, a pris la parole lors de l’atelier de consultation pour le renforcement de l’écosystème d’innovation agricole en Guinée – AgroTech Guinea pour livrer un message puisé dans son expérience de terrain : la Guinée doit apprendre à mieux exploiter sa surface avant de continuer à creuser son sous-sol.

« Mon expérience dans beaucoup de pays où la richesse était fondée presque exclusivement sur les ressources souterraines m’a appris une chose : c’est la terre, pas les mines, qui maintient la cohésion sociale, qui garde les villages vivants, qui évite que tout le monde se précipite vers les grandes villes. C’est elle qui, littéralement, produit ce qu’on mange. »
Pour lui, la grande croissance à laquelle la Guinée est destinée grâce à ses ressources minières doit absolument s’accompagner d’une modernisation agricole une modernisation qui respecte les traditions et les territoires.

Et avant de tendre le micro à d’autres intervenants, il a formulé quatre conseils concrets, comme une feuille de route à portée de main.
Premier pilier : mettre de l’ordre dans les actions. Pour l’ambassadeur, les agriculteurs guinéens doivent pouvoir compter sur des conseillers techniques présents sur le terrain de façon permanente si nécessaire capables d’évaluer les réalités locales et d’apporter un appui au moment où ils ont est le plus utile. Sans coordination, les efforts se dispersent et les résultats ne suivent pas.
Vient ensuite la formation, qu’il juge absolument essentielle. Améliorer les techniques de culture ne peut pas se faire sans investir dans les hommes et les femmes qui travaillent la terre. C’est le socle sur lequel tout le reste repose.
« Quand tu as formé l’agriculteur et que tu lui donnes accès à des conseils techniques, alors tu peux vraiment investir dans des tracteurs et des machines modernes qu’il saura utiliser. »
La mécanisation ne peut pas précéder la formation, elle en est la récompense logique. C’est dans cet ordre que les choses fonctionnent, insiste-t-il.
Le quatrième conseil est peut-être le plus stratégique : transformer les produits locaux et les connecter aux marchés. La Guinée regorge de produits d’exception : un café et un cacao d’une qualité remarquable, dit-il, les meilleurs ananas au monde, que l’Italie souhaite aider à faire connaitre au monde entier. Mais encore faut-il que ces produits arrivent jusqu’aux acheteurs.
« Il faut que le produit puisse arriver au marché, être commercialisé. Il y a beaucoup de travail à faire et l’Italie souhaite accompagner cette dynamique. »
L’Italie, grande puissance agricole discrète
L’ambassadeur a également tenu à rectifier une idée reçue. L’Italie, souvent associée au tourisme, à la mode ou à la gastronomie, est en réalité une grande puissance agricole en termes de production comme de technologie. Et c’est cette expertise que Rome entend mettre au service de Conakry.

« J’ai toujours plaisir à parler d’agriculture en Guinée. On y croit profondément. La modernisation que nous proposons n’est pas celle qui efface les traditions c’est celle qui les respecte tout en les faisant avancer. »
Un discours de diplomate, certes. Mais aussi celui d’un homme convaincu que l’avenir de la Guinée se joue autant dans ses champs que dans ses mines.
Propos recueillis par Mamoudou Boulléré Diallo et Alpha Boulléré Diallo pour leguideinfo.net | +224 620 48 07 07















