Legudeinfo.net : Fraichement reconduit à la tête du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG), Sékou Jamal Pendessa a accepté de revenir, en exclusivité, sur cette nouvelle mission, les défis qui l’attendent et le message qu’il adresse aux patrons de médias comme aux autorités. Entretien sans langue de bois.

« Je mesure cette responsabilité avec toutes les conséquences qui y sont attachées, et cette fois-ci, elle est encore plus grande, parce que les sept régions de l’intérieur du pays ont toutes voté pour moi. C’est dire que c’est véritablement national. Et si à un moment donné il m’est arrivé l’intention, une seule fois, de penser à un repos, je me dis désormais que je n’ai pas droit au repos. Je vais continuer à travailler, je vais continuer à me sacrifier pour la corporation, parce que les confrères m’ont prouvé que le sacrifice que nous avons consenti a été récompensé et qu’on est là pour continuer l’aventure.
Cela veut dire que nous avons beaucoup de défis à relever ensemble. Je compte sur le soutien de chacun, comme vous l’avez exprimé dans la salle à travers vos voix, et vous devez continuer à accompagner cette dynamique pour que les conditions de travail soient les meilleures au sein de la corporation. »
Évoquant la tenue du congrès malgré une météo capricieuse, le Secrétaire général y voit un signe encourageant : « Même le ciel a été clément pour nous aujourd’hui à Conakry, malgré les pluies qui ont empêché beaucoup de rendez-vous ces jours-ci. Cela veut dire que c’est un signal annonciateur de très beaux jours pour la corporation des journalistes. »
« La convention collective reste le principal chantier du SPPG. Nous nous disons même que c’est l’ADN de notre organisation syndicale, parce qu’elle est inscrite dans nos statuts et règlements comme une action à mener jusqu’à sa signature, avec un suivi pour son respect. Ce n’est pas un projet provisoire, c’est un combat que nous devons continuer à mener perpétuellement.
À côté de ce combat, nous allons poursuivre les efforts de formation. L’année dernière, en 2025, nous avons touché toutes les régions du pays en termes de formation des journalistes. En 2026, nous avons mené une autre tournée dans toutes les régions, et cette fois, elle est allée jusqu’à toutes les préfectures, puisque chaque préfecture relevant d’une région était invitée à amener des journalistes au chef-lieu régional pour ces formations. La dernière étape en province s’est faite hier, et on s’apprête maintenant pour l’étape de Conakry ça va être la première action du nouveau bureau. Nous allons mener beaucoup d’autres actions pour qu’il y ait continuellement des formations pour les journalistes.
Nous avons aussi un autre projet phare : la prise en charge médicale des journalistes. J’ai eu des échanges récemment avec un confrère des Comores en séjour à Conakry, qui nous a rendu visite au bureau. Il nous a confirmé que chez eux, cette prise en charge existe pour les confrères : dans les hôpitaux publics, c’est à 100 %, et dans les établissements privés, il y a un certain pourcentage j’ai oublié le chiffre exact, mais 100 % c’est facile à retenir. Nous ferons la même chose en Guinée. Nous voulons même aller au-delà de ce qui se fait aux Comores : 100 % partout, que ce soit dans le public ou dans le privé. »

« Comme nous l’avons toujours rappelé, les patrons de médias restent nos partenaires traditionnels, nos partenaires sociaux, avec lesquels on est obligé de travailler. Nous n’avons pas le choix. Nous allons travailler avec les patrons. Les patrons n’ont pas le choix non plus : ils vont travailler avec nous, parce que les votes viennent de nous prouver que nous sommes leur voix à 100 %, y compris à l’intérieur du pays.
Si un patron dit qu’il ne pourra pas travailler avec un syndicat tel que le nôtre, je me demande comment il fera. D’ailleurs, il y a une vraie prise de conscience aujourd’hui. Il y avait des réticences, mais tout le monde a compris l’importance du syndicat, parce que notre présence au sein des entreprises de presse amène de l’organisation, amène de l’ordre et notre absence crée de l’anarchie. Parce que les employés frustrés peuvent agir contre les règles du droit social, simplement parce qu’ils ne les connaissent pas. Mais s’il y a un syndicat informé des règles du droit du travail, il va le dire : attention, cela ne doit pas se faire au sein d’une entreprise. C’est comme ça qu’il faut se comporter, et nous sommes là pour vous accompagner dans le respect de vos droits.
Nous l’avons fait par le passé je ne citerai pas de noms, mais beaucoup peuvent témoigner. Nous sommes intervenus à Conakry et à l’intérieur du pays, à des moments où des situations explosives étaient sur le point d’éclater dans des entreprises de presse. Ils le savent. Il y a même des patrons aujourd’hui qui, conscients de l’importance du syndicat, sont les premiers à nous appeler pour signaler une situation.
Je voudrais que tous les patrons comprennent ce message : nous ne sommes pas des ennemis, et nous ne serons jamais des ennemis. Nous sommes des partenaires. On est obligés de travailler ensemble pour l’avenir de la presse guinéenne. »

Et du côté des autorités, en charge de la sécurisation du libre exercice du métier de journaliste quel message leur adressez-vous ?
« Nous disons aux autorités que le SPPG, comme il l’a toujours été, est un syndicat responsable, qui n’a jamais encouragé les dérapages. Nous voulons que la liberté de la presse soit respectée, que l’indépendance des médias et la sécurité des journalistes soient une réalité dans notre pays. Mais nous n’avons jamais encouragé les dérapages, et nous demandons aux autorités d’écouter le SPPG, qui est la voix des professionnels de l’information et qui vient de le prouver une nouvelle fois, puisque cette fois-ci, même l’intérieur du pays a réclamé à voter : les sept régions l’ont fait, pour dire qu’elles nous portent leur confiance.
Il n’y a donc pas de raison qu’on ne soit pas autour de la table avec les autorités de Conakry et des différentes régions. D’ailleurs, beaucoup ont compris qu’ils doivent collaborer avec le SPPG. Nous avons des défis à relever, et l’image de notre pays a reçu un coup dur à l’international. J’ai récemment passé quatre mois à l’étranger, je sais ce qui se dit sur nous dans le domaine de la presse. Parfois, vous êtes gêné, mais vous n’avez pas le choix que d’écouter, parce que ce sont des rencontres professionnelles, et chacun est libre de dire ce qu’il pense d’un pays.

Je voudrais que nous arrêtions de baisser la tête. Vous voyez le rouge-jaune-vert que je porte ? Cela veut dire que j’aime ce pays, quel qu’il soit. Je ne saurais accepter que son image soit ternie. Quand on dit du bien de la Guinée à l’étranger, je suis fier. Quand on en dit du mal, je baisse la tête, et je n’aime pas ça. Il faut donc que des efforts soient fournis au niveau national. Cela relève de la volonté de chacun de nous, de la synergie d’action qu’on peut avoir à tous les niveaux pour changer positivement l’image de notre pays, qui a reçu un coup dur une fois encore.
Le SPPG veille au grain, et sera toujours disponible pour dialoguer avec n’importe quel acteur de la vie nationale patrons de médias, autorités étatiques, partenaires socioprofessionnels. Nous avons consacré notre vie, tant que notre mandat sera en cours, à travailler d’arrachepied dans l’intérêt exclusif de la presse guinéenne et dans l’intérêt exclusif de la nation guinéenne. »
Propos recueillis en exclusivité par Mamoudou Boulléré Diallo et Alpha Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07















