Leguideinfo.net : Accra, Elle n’a pas mâché ses mots. Devant ses pairs du Parlement de la CEDEAO réunis à Accra, l’Honorable Fanta Conté, députée cheffe de mission auprès de l’institution, a livré une intervention vibrante sur l’urgence climatique qui frappe l’espace communautaire et sur l’incapacité persistante des États membres à y répondre collectivement.

« Les conséquences vont au-delà de nos frontières »
Pour la parlementaire guinéenne, le constat de départ est simple : face au changement climatique, aucun État ouest-africain ne peut agir seul. « Nos États n’ont pas les mêmes moyens, les mêmes ressources », rappelle-t-elle. « Une action concertée va permettre à ces États qui ont une faible capacité de mutualiser les efforts, mais aussi de faire face aux effets du changement climatique au niveau de leur pays. » Et d’insister sur l’évidence qui, selon elle, devrait guider l’action régionale : « Les conséquences du changement climatique vont au-delà de nos frontières nationales. »

Un patchwork juridique qui freine l’action commune
Premier obstacle pointé du doigt : l’absence d’harmonisation législative entre les États membres. Certains pays disposent de lois sur le climat, d’autres se contentent de simples politiques publiques un déséquilibre qui, selon l’Honorable Fanta Conté, complique toute réponse coordonnée. « Comme les États n’ont pas les mêmes législations, comment peut-on arriver à harmoniser la législation communautaire, vu que les États n’ont pas les mêmes approches ni les mêmes stratégies ? », s’interroge-t-elle.
Face à ce constat, elle plaide pour un outil concret : « Il nous faut une cartographie comparative des législations climatiques au niveau des États membres, pour permettre de mieux aborder cette question. »
La volonté politique, avant les moyens
Deuxième point soulevé : la question souvent éludée, selon elle de la volonté politique. « On aime souvent dire qu’on n’a pas les moyens, mais je pense que quand il y a la volonté politique, les moyens suivent », affirme la députée, qui appelle la CEDEAO à hausser le ton envers les États les plus lents à agir. « Est-ce qu’au niveau de la CEDEAO, on peut réfléchir à des mécanismes pour mettre un peu de pression sur les États qui traînent le pas ? », demande-t-elle, regrettant que certains pays multiplient les efforts quand d’autres relèguent la question climatique au second plan. « Ça fait qu’on ne peut pas arriver à trouver une solution face au changement climatique. »
« Un aveu d’échec » : la charge sur l’incapacité à monter des projets bancables
C’est sur la question du financement que le ton de l’Honorable Fanta Conté se fait le plus vif. Elle dit avoir appris, de la bouche même du directeur de la BIDC (Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO), que plusieurs États membres peinent à monter des projets bancables susceptibles d’être financés.
« Pour moi, c’est un aveu d’échec de la CEDEAO face à cette question du changement climatique », lance-t-elle, visiblement indignée. « Comment les pays ne peuvent-ils pas monter des projets bancables ? C’est le directeur même de la BIDC qui nous dit que les États ne sont pas capables de monter des projets. Pour moi, c’est scandaleux. »
Elle y voit le symptôme d’un problème plus profond : non pas un manque de financements disponibles, mais un manque de priorité politique accordée à la question climatique. « Cette question n’est pas une priorité pour la CEDEAO, n’est pas une priorité pour les États membres vu tous les effets et les conséquences du changement climatique dans nos États, qu’on nous dise que le problème, ce n’est pas le financement, mais que les États n’ont pas la capacité de monter des projets… Pour moi, c’est scandaleux, Madame la Présidente. »
Entretien réalisé par notre envoyé spécial à Accra, Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net — contact : +224 620 48 07 07














