Leguideinfo.net : Il y a trois ans, depuis la même tribune des Nations unies, Mamadi Doumbouya avait affirmé que le modèle de gouvernance importé sur le continent africain « peinait à porter les fruits attendus par nos populations ». Mercredi, le président de la République de Guinée est revenu sur ce constat : « Je le maintiens. » Mais il a aussitôt précisé venir dans « un esprit différent » : « Non pour dénoncer, mais pour partager quelques éléments factuels », sur le chemin que son pays a choisi de tracer et les résultats qu’il dit en avoir tirés.

Selon le texte du discours transmis par le Service d’information du gouvernement (SIG), le chef de l’État a d’abord salué l’élection du président de la 81ᵉ session et « l’action constante » du Secrétaire général, Antonio Guterres, avant de dire se présenter « avec un profond sentiment de fierté, mais aussi d’humilité ».
Une Constitution « façonnée par le peuple guinéen »
Au cœur de l’intervention figure la nouvelle Constitution. Le président la décrit comme une loi fondamentale « discutée, amendée et adoptée par voie référendaire, à l’image de sa propre histoire et de sa propre diversité », et non « calquée sur un modèle extérieur ».
Il en cite les principales innovations en faveur du vivre-ensemble : une représentation renforcée des terroirs et des communautés, des garanties nouvelles pour l’alternance de gouvernance participative, et la reconnaissance de la pluralité linguistique, religieuse et culturelle comme « fondement de l’unité sacrée nationale plutôt que comme facteur de division ».
Sur cette base, affirme-t-il, le pays a organisé l’intégralité de son cycle électoral (présidentielle, législatives, locales) et installé les institutions qui en découlent, le tout « financé à cent pour cent par le Trésor guinéen ». Aucun de ces scrutins, a-t-il assuré, « n’a connu d’incident significatif », ce qui démontrerait « qu’un pays africain peut organiser, seul, sur ses propres ressources, des élections crédibles, apaisées et acceptées de tous ».
Un bilan présenté en cinq points
Sans prétendre à l’exhaustivité, Mamadi Doumbouya a dressé un « simple aperçu » de ce que la Guinée aurait accompli « en moins de trois années » :
- plus de mille kilomètres de routes bitumées, qui « désenclavent nos régions » ;
- le mégaprojet Simandou, présenté comme « le plus vaste projet minier et d’infrastructures d’Afrique », « aujourd’hui réalisé » ;
- des écoles et des hôpitaux construits sur l’ensemble du territoire ;
- trois raffineries d’alumine en cours de construction, pour transformer la bauxite « sur notre propre sol » ;
- la plus grande raffinerie d’or d’Afrique, « en capacité de production, déjà achevée ».
Ces résultats, a-t-il insisté, « ne sont pas cités par vanité » : ils illustrent une conviction qu’il dit vouloir partager avec l’Assemblée.
Simandou 2040, un programme sur quinze ans
Le président a également présenté « Simandou 2040 », programme de développement socio-économique « durable et responsable » pour les quinze prochaines années. Il y voit « une ambition de transformation structurelle » de l’économie : « Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier, mais d’un véritable levier stratégique » pour accélérer le développement des infrastructures, de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation, de la santé et de l’industrie.
« Notre plus grande richesse demeure notre jeunesse »
Le chef de l’État a consacré un passage à la jeunesse, qu’il qualifie de « plus grande richesse » du pays. Il appelle à lui offrir « une éducation de qualité », des formations adaptées au marché du travail, notamment à travers l’initiative Simandou Academy, ainsi que « de réelles opportunités d’emploi et d’entrepreneuriat ».
L’Asie et le Proche-Orient en exemples
Sur le plan des idées, Mamadi Doumbouya a tiré de « l’expérience guinéenne récente » une conviction : lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, « plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère ».
Il a invité ses pairs à « regarder l’Asie » et « certains pays du Proche-Orient », qui, selon lui, « n’ont pas attendu qu’un modèle extérieur leur soit validé pour bâtir leur prospérité » et ont accompli « en une génération » ce que d’autres ont mis un siècle à réaliser. « L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie », a-t-il déclaré, tout en précisant qu’il ne s’agit « pas d’un rejet du monde ni de la coopération internationale, bien au contraire », mais d’un appel à un partenariat renouvelé, « respectueux de la souveraineté de chaque nation » et fondé sur la co-construction « gagnant-gagnant ».
La Guinée, a-t-il assuré, « reste et restera un partenaire fiable, ouvert et engagé envers l’ensemble de la communauté internationale », et avance « avec ses propres moyens, sur la base de ses propres choix, au service de son propre peuple », dans le respect du droit international et de la Charte des Nations unies.
Un vœu final
Le président a conclu en formant le vœu que « cette expérience guinéenne puisse, modestement, inspirer une réflexion plus large sur les voies multiples et légitimes du développement pour notre continent ».
Cet article est établi à partir du texte du discours transmis par le Service d’information du gouvernement (SIG) de la Primature. Les chiffres et résultats cités sont ceux avancés par le président de la République.















