Leguideinfo.net : Ouvrant la séance plénière du 24 octobre consacrée au projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, le président de l’Assemblée nationale a rappelé aux députés que leur rôle ne s’arrête pas au vote. Il a aussi adressé un message au Gouvernement : les crédits votés doivent produire des résultats visibles, dans les projets, dans les prix et dans la vie des familles.

Un samedi de travail, après trois jours de formation
Ce samedi 24 octobre 2026, les députés de la 10e législature se sont réunis en plénière pour la présentation du PLFR, après « trois journées pleinement consacrées au renforcement de [leurs] capacités sur le processus budgétaire ». Le président de l’Assemblée nationale, le Dr Dansa Kourouma, a salué leur engagement et reconnu « la fatigue accumulée et les contraintes d’un calendrier aussi dense ». Il a posé le cadre : « Lorsque la Nation nous appelle, le devoir commande de répondre présent. »
Pour le Dr Dansa Kourouma, la formation et la séance sont liées : « Ces trois journées ne doivent pas rester une simple séquence d’apprentissage théorique : elles doivent s’éprouver dans la pratique parlementaire. » Il attend des députés un examen « plus éclairé, plus exigeant et plus constructif du budget de l’État ». « C’est à cette condition que nous donnerons tout son sens au mandat que la Nation nous a confié », a-t-il ajouté.
« Rectifier un budget ne signifie pas remettre en cause la vision initiale »
Le Dr Dansa Kourouma n’a pas contesté le principe d’un budget rectificatif. Il l’a défendu : « Rectifier un budget ne signifie donc pas nécessairement remettre en cause la vision initiale. Il s’agit plutôt de confronter cette vision aux réalités de l’exécution, de corriger les écarts éventuels. » Mais il a fixé une exigence : « Une modification budgétaire ne saurait être considérée comme un simple exercice technique. Elle engage la crédibilité de la programmation financière de l’État, la qualité de la dépense publique et, surtout, la confiance que les citoyens placent dans les institutions. »
Il a ensuite posé quatre questions qui doivent guider l’examen. Les nouvelles prévisions sont-elles « suffisamment réalistes » ? Les ressources attendues sont-elles compatibles avec les capacités de mobilisation de l’État ? Les dépenses proposées répondent-elles « à des besoins clairement établis » ? Les ajustements sont-ils de nature à améliorer l’efficacité de l’action publique ? Il a précisé que ces interrogations traduisent « notre attachement à une gestion publique rigoureuse, transparente et orientée vers les résultats ».
L’alerte sur les décaissements
Le passage le plus direct du discours porte sur l’exécution du budget. Le président de l’Assemblée a déclaré vouloir « interpeller l’attention du Gouvernement sur une préoccupation majeure de la gestion des finances publiques : la faiblesse des taux de décaissement dans l’exécution des programmes et projets financés par le budget de l’État ».
Son raisonnement est simple : « L’inscription des crédits dans la loi de finances ne suffit pas à garantir l’atteinte des objectifs de développement. Encore faut-il que les ressources soient effectivement mobilisées et mises à disposition dans les délais requis. » Il a jugé « particulièrement préoccupant que des ressources budgétaires destinées à répondre à des besoins prioritaires tardent parfois à produire les effets attendus, en raison de lenteurs administratives ou d’insuffisances dans la préparation et le suivi des projets ». Les conséquences sont concrètes : ces retards, a-t-il dit, « retardent la réalisation des infrastructures, l’amélioration des services publics, la création d’emplois ».
Le Dr Dansa Kourouma a exhorté « les départements ministériels, les services financiers et l’ensemble des acteurs de la chaîne de la dépense publique à faire preuve de rigueur, d’anticipation et de diligence afin de lever les obstacles au décaissement des crédits ».
Le sujet touche directement le projet de budget rectificatif. Le texte présenté par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, révise à la baisse les dépenses d’investissement de 2 729,1 milliards GNF. Elle l’explique par la revue des projets du programme Simandou 2040, menée pour accélérer la mise en œuvre des projets « suffisamment matures ».
Simandou 2040 : une ambition « légitime » et « nécessaire »
Le Dr Dansa Kourouma a rappelé le cadre stratégique du pays : le programme « Simandou 2040 », décliné dans la Loi-Plan 2026-2040 et la Loi-Programme 2026-2030. Il lui a reconnu sa valeur : « Cette ambition est légitime. Elle est nécessaire. » Il y a mis une condition : elle « impose à toutes les institutions de la République une exigence de cohérence entre les objectifs annoncés, les ressources mobilisées et les résultats attendus ».
Des visages derrière les lignes budgétaires
Le président de l’Assemblée a ensuite cité ceux que le budget concerne : « les femmes mareyeuses de Boulbinet, dont le labeur quotidien nourrit des familles », « les cultivateurs de Monchon et de Kakossa, qui attendent de la terre qu’ils travaillent les moyens d’améliorer leurs rendements », les éleveurs, « les femmes de Yokounkoun, qui attendent de l’État des structures sanitaires dignes de ce nom » et les jeunes, qui attendent « une formation adaptée, des possibilités d’emploi et des raisons de croire en leur avenir ». « C’est à l’aune de ces réalités humaines que doivent se mesurer la pertinence de nos choix budgétaires, l’efficacité de nos politiques publiques et la portée réelle de nos ambitions de développement », a-t-il insisté.
Le « panier de la ménagère » comme juge de paix
Le Dr Dansa Kourouma a demandé d’apprécier la performance économique « à l’aune des réalités quotidiennes vécues par nos concitoyens ». « Au-delà des indicateurs macroéconomiques, aussi indispensables soient-ils, nous devons accorder une attention particulière au panier de la ménagère, au pouvoir d’achat des familles et à leur capacité à satisfaire leurs besoins essentiels », a-t-il déclaré.
Il a énuméré ce qui doit servir de mesure : « Le prix du riz, de l’huile, du sucre et des autres produits de première nécessité ; le coût du transport ; l’accès aux soins de santé ; les dépenses liées à la scolarité ; la capacité des familles à se loger dignement. » Son avertissement est net : « Un pays peut enregistrer des progrès dans ses agrégats économiques sans que ces progrès soient immédiatement ressentis dans les foyers. » La question à poser, selon lui, est « simple, directe et profondément humaine : qu’est-ce qui change concrètement dans la vie des citoyens ? »
Ce passage prend un relief particulier au regard du PLFR. Selon le Gouvernement, l’inflation moyenne annuelle est relevée à 5,2 %, contre 3,5 % initialement prévu. Le maintien du litre de carburant à 12 000 GNF mobilise 5 489,7 milliards GNF de subvention. Le président de l’Assemblée a invité « les départements ministériels à privilégier les dépenses dont l’utilité économique et sociale est clairement établie, à renforcer la sélectivité de leurs interventions et à accorder une attention particulière aux politiques susceptibles d’avoir un effet concret sur les conditions de vie des populations ».
Le Parlement veut contrôler, pas seulement voter
Le Dr Dansa Kourouma a rappelé les trois missions que la Constitution confie au Parlement : légiférer, contrôler l’action gouvernementale et évaluer les politiques publiques. Sa conclusion est nette : « Voter le budget ne suffit donc pas : il appartient à la Représentation nationale de veiller à son exécution effective et d’en apprécier les résultats. » Il a défini la méthode : « une vigilance constructive, fondée sur des faits vérifiables, le respect des compétences constitutionnelles et la défense constante de l’intérêt général ».
Il a aussi plaidé pour une autre culture budgétaire : « Le budget-programme doit devenir un véritable instrument de pilotage et d’évaluation de la performance, et non une simple mécanique de consommation des crédits. »
S’adressant au Gouvernement, il a lancé : « J’exhorte les membres du Gouvernement à apporter aux préoccupations des députés des réponses précises, étayées et transparentes. » Puis il a ajouté : « La transparence n’affaiblit pas l’action publique : elle consolide sa crédibilité, renforce la confiance entre les institutions. »
Les députés aussi sont attendus
Le message vise aussi les élus. « J’exhorte également mes collègues députés à faire de cette séance un moment d’analyse approfondie, de discernement et de propositions utiles », a déclaré le Dr Dansa Kourouma. Leur responsabilité, a-t-il dit, est « de dépasser les appréciations générales pour interroger la cohérence des choix, la pertinence des priorités, la soutenabilité des engagements et les effets attendus sur les conditions de vie des citoyens ».
« Derrière chaque ligne budgétaire se trouve une décision publique »
En conclusion, le président de l’Assemblée a élevé le débat : « Nous ne débattons pas uniquement de chiffres, de recettes, de dépenses ou d’équilibres comptables. Nous débattons des choix qui engagent notre avenir commun. » Il a posé la question qui doit guider l’examen du texte : « Comment faire en sorte que chaque franc guinéen mobilisé produise des résultats concrets au bénéfice de la Nation ? »
Il a terminé sur une formule : « Derrière chaque ligne budgétaire se trouve une décision publique. Derrière chaque décision se trouve une priorité. Et derrière chaque priorité doit se trouver une finalité clairement assumée : servir la Nation et améliorer durablement la vie de ses citoyens. »
Aux députés, désormais, de montrer lors de l’examen du texte qu’ils appliquent cette exigence.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
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