Leguideinfo.net : Le décès de Mamadou Diouma Bah, 17 ans, candidat poursuivi dans le cadre de l’affaire de fraude au baccalauréat unique 2026, suscite une vive émotion à Kindia. Entre le récit de sa famille et celui du parquet, les versions divergent sur les circonstances exactes de sa mort. Notre équipe est sur place et continue de recueillir des informations.

Ce que l’on sait avec certitude
Mamadou Diouma Bah, lycéen de 17 ans, faisait partie des sept élèves condamnés dans l’affaire de fraude au baccalauréat unique, session 2026. Il est décédé dans la nuit de lundi à mardi, aux environs de 23 heures, à l’hôpital régional de Kindia, après une dégradation de son état de santé.
Sur ce point, les deux versions recueillies par notre rédaction s’accordent : le jeune homme souffrait d’une pathologie chronique nécessitant un suivi médical régulier, et son état s’est détérioré pendant sa détention.
C’est là que les récits divergent.
La version de la famille et de ses proches
Selon les informations recueillies auprès de la famille de Mamadou Diouma Bah et de plusieurs personnes proches du dossier, le jeune homme était atteint de drépanocytose de type SS. Depuis son placement sous mandat de dépôt, son état de santé se serait progressivement aggravé.
Ses proches affirment avoir multiplié les démarches pour obtenir soit une liberté provisoire pour raison médicale, soit son transfert vers une structure de soins adaptée — des démarches restées, selon eux, sans suite, le dossier étant considéré comme relevant d’une affaire d’envergure nationale.
Ce n’est qu’après l’intervention du médecin de la prison civile, qui aurait alerté sur l’urgence de la situation, qu’une décision de transfert vers l’hôpital régional de Kindia aurait finalement été prise, afin qu’il bénéficie de soins, notamment d’une perfusion.
Toujours selon ces témoignages, la prise en charge n’aurait pas été sans difficultés : des contraintes liées à la procédure auraient retardé certains soins. Après une amélioration jugée temporaire, l’état du jeune homme se serait de nouveau fortement détérioré dans la soirée. Aux alentours de 22 heures, il aurait été victime d’une grave rechute, évacué en urgence, et son décès a été constaté vers 23 heures.
La version du procureur de la République
Face à l’émotion grandissante et à la multiplication des informations sur les réseaux sociaux, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia, Mamadou Bhoye Diallo, est sorti de sa réserve.
Il affirme que le jeune élève n’est pas mort en détention, contrairement à certaines informations largement relayées. Selon sa version, Mamadou Diouma Bah souffrait d’une maladie rhumatismale et faisait déjà l’objet d’un suivi médical. Son état s’étant dégradé, il aurait été conduit à deux reprises à l’hôpital régional de Kindia, avant que la décision ne soit prise de le remettre à sa famille pour qu’elle poursuive sa prise en charge médicale à l’extérieur.
« Dès que le régisseur de la maison centrale m’a informé de la dégradation de son état de santé, toutes les dispositions nécessaires ont été prises. Comme son état ne s’améliorait pas, j’ai demandé qu’il soit confié à ses parents pour la poursuite des soins. Il était déjà suivi par un médecin. Malheureusement, il est décédé des suites de sa maladie », a déclaré le procureur.
Le magistrat est également revenu sur les conditions de détention des sept élèves condamnés dans cette affaire, assurant que les dispositions légales relatives à la détention des mineurs avaient été respectées — les filles placées dans le quartier des femmes, les garçons dans le quartier des mineurs. Il indique avoir personnellement rendu visite aux élèves concernés : « Aucun ne m’a fait part de difficultés particulières », a-t-il précisé, ajoutant que le ministère public n’avait pas interjeté appel, la peine prononcée correspondant selon lui au minimum légal.
Le procureur a présenté ses condoléances à la famille du défunt : « Nous sommes profondément attristés par cette disparition. Nous aurions préféré qu’il exécute sa peine, retrouve sa liberté et reprenne le cours normal de sa vie. »
Il a par ailleurs mis en garde contre la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, évoquant d’éventuelles poursuites judiciaires contre leurs auteurs : « La prison n’a pas vocation à tuer. Elle est un lieu de privation de liberté où le condamné purge sa peine avant de réintégrer la société. La santé des détenus doit toujours être préservée. »
Deux récits, une même douleur
Entre la version de la famille, qui évoque des soins retardés par la procédure, et celle du procureur, qui assure que le jeune homme avait déjà été remis à ses parents avant son décès, l’écart reste important — notamment sur un point central : Mamadou Diouma Bah est-il mort alors qu’il était encore sous la responsabilité de l’administration pénitentiaire, ou après en être sorti ?
Ce que personne ne conteste, en revanche, c’est l’émotion suscitée par cette disparition. Famille, camarades de classe et communauté éducative restent profondément affectés. Le drame relance, une nouvelle fois, la question de la prise en charge sanitaire des personnes détenues, en particulier celles souffrant de maladies chroniques, ainsi que celle des mécanismes de gestion des urgences médicales en milieu carcéral.
Notre rédaction reste mobilisée sur ce dossier. Une équipe est actuellement sur place à Kindia pour recueillir de nouveaux éléments, notamment la réaction de la famille du défunt, attendue pour éclairer davantage les circonstances de cette affaire. Nous reviendrons vers vous dès que de nouvelles informations seront confirmées.
Pour leguideinfo.net Contact : +224 620 48 07 07
















