Leguideinfo.net : Sur un site spacieux et bien aménagé, le professeur Abdoulaye Diallo a construit, au terme d’une belle carrière dans l’enseignement des mathématiques en Guinée puis aux États-Unis, un véritable projet de vie tourné vers le social. De retour au pays, il s’est d’abord investi dans l’éducation, avec une école bilingue qui fait son chemin à Conakry.

« J’ai eu les moyens de construire une école moderne, bilingue, à Conakry. C’est d’ailleurs la seule école qui enseigne réellement le français et l’anglais. Mais je me suis dit qu’il ne fallait pas intervenir seulement dans le secteur de l’éducation. Il y a un autre secteur, plus prioritaire encore à mon sens », explique le professeur Diallo.
C’est ainsi qu’est née une polyclinique au quartier Pounthioun dans la commune urbaine de Labé — une structure sanitaire moderne appelée à jouer un rôle déterminant, et qui commence déjà à porter ses fruits.
« Nous sommes en train de réaliser un bâtiment de 50 mètres de long sur 30 mètres de large, sur 5 niveaux (R+4). Les dalles sont déjà posées jusqu’au R+3 », précise le Pr Abdoulaye Diallo.
Des médecins chevronnés à la retraite encadrent une jeunesse pleine de potentiel, aux côtés d’un personnel expatrié qui vient compléter les équipes locales. Depuis son indépendance, la Guinée n’a jamais manqué de médecins compétents — c’est l’équipement qui, trop souvent, a fait défaut. C’est précisément sur ce point que le fondateur a voulu mettre l’accent.

« Très souvent, il y a des évacuations, soit vers Conakry, soit vers le Sénégal, notamment Dakar. Je me suis dit que si Dieu me donnait les moyens de participer à relever ce défi, c’est-à-dire à réduire ces évacuations vers l’extérieur, pourquoi ne pas m’y engager ? », confie-t-il.
Un plateau technique à la pointe
Le centre dispose déjà de plusieurs services et équipements : un laboratoire performant, un service d’imagerie avec échographie et scanner, des salles de soins d’urgence, une morgue, une salle de conférence et un espace de restauration, entre autres.
« Du point de vue de l’équipement, je me suis dit qu’on manque souvent, chez nous, d’outils de diagnostic. On a de bons médecins, mais il fallait aussi disposer du bon matériel. Nous avons ici des équipements de dernière génération, fabriqués en décembre 2025. Notre laboratoire est bien équipé et permet de réaliser toutes les analyses. Concernant l’imagerie, nous avons un scanner, des échographes, une radio numérique de dernière génération et un panoramique dentaire, également de dernière génération. Côté électricité, nous avons un groupe électrogène de 250 kVA ainsi que des onduleurs pour protéger nos appareils. Ces équipements d’imagerie, à eux seuls, nous ont coûté plus de 6 milliards de francs guinéens (GNF), sans compter le laboratoire. Je n’ai même pas encore parlé de tout ce que nous avons en cardiologie. Notre ambition, c’est de faire de ce centre une référence sous-régionale », indique le fondateur.
Le scanner est confié à un duo de techniciens, un expatrié togolais et une Guinéenne, qui permet de diagnostiquer de nombreuses pathologies — souvent en complément d’un examen de radiologie.
« On peut détecter les cancers, les traumatismes crâniens, presque tous les organes. On utilise aussi des injections de produit de contraste pour localiser les tumeurs. En salle de radiologie, nous avons un appareil connecté en Wi-Fi qui transmet directement les images à l’ordinateur. Nous disposons également d’un tablier plombé, qui protège les patients — notamment les enfants et les femmes enceintes — contre les rayons pendant les examens », explique le Dr Médard Yao, responsable de la radiologie et de l’imagerie médicale.
La mammographie, une avancée pour les femmes
Autre avancée notable : la disponibilité d’un mammographe, un outil précieux pour le dépistage du cancer du sein. Longtemps, seule la palpation manuelle permettait de détecter d’éventuelles anomalies. Aujourd’hui, un appareil bien plus précis est à disposition des patientes.
« Pour commencer l’examen, on identifie d’abord quel sein on va explorer. Si les deux doivent être examinés, on choisit un ordre — nous, nous préférons commencer par le sein droit. L’appareil permet d’ajuster la taille selon la patiente. C’est elle-même qui exerce la compression, à son rythme, jusqu’au seuil de douleur qu’elle peut supporter. Une fois cette étape terminée, l’image est directement récupérée sur un écran », détaille le service d’imagerie.
Le mammographe ne date que de 2025. Le fondateur invite les femmes à se saisir de cette opportunité :
« Je veux informer la population de la région que nous disposons de cet outil, pour les femmes qui représentent plus de la moitié de la population. Je recommande vivement à toutes les dames de plus de 35 ans de venir faire cet examen tous les six mois, pour prévenir le cancer. Et pour celles qui sont déjà malades, c’est le moment de venir se faire diagnostiquer, afin que nous puissions, avec nos partenaires, prendre les dispositions nécessaires pour les soulager », invite le Pr Diallo.
Le directeur général de la structure partage cette même vision.
« Nos objectifs sont grands : nous voulons figurer parmi les grands centres médicaux du pays. Notre rêve, c’est d’être le meilleur centre médical du Fouta, puis, un peu plus tard, le meilleur centre médical du pays », déclare le Dr Issa Baïlo Keïta, directeur général de la polyclinique Vaint Médical Center de Labé.
Pour constituer une équipe expérimentée, le fondateur mise à la fois sur les universités locales et sur l’expérience acquise par une génération plus ancienne de praticiens.

« Nous sommes en train d’élaborer un accord-cadre avec l’université. Par ailleurs, d’autres établissements, comme l’université privée Amadou Dieng, nous envoient des stagiaires, notamment en soins infirmiers. Côté personnel guinéen, nous avons deux profils : des retraités expérimentés et de jeunes praticiens que nous formons avec eux », explique le fondateur.
Le colonel Amadou Bah, médecin militaire à la retraite, fait partie de ces praticiens chevronnés venus prêter main-forte. Il pointe un paradoxe qu’il espère voir s’inverser :
« Des étudiants sénégalais, ivoiriens ou camerounais viennent apprendre la médecine chez nous, et pourtant nous envoyons nos patients se faire soigner à Dakar, en Côte d’Ivoire, en France ou au Maroc — faute d’équipements de diagnostic. C’est pour inverser cette tendance que nous avons mis en place un laboratoire biomédical performant, un scanner, une radio numérique, deux échographes, un mammographe et un panoramique dentaire. Cela soulage vraiment les patients », détaille le colonel.
Si tous les services ne sont pas encore opérationnels — le bloc opératoire de chirurgie, notamment, reste à finaliser —, ceux qui fonctionnent déjà donnent satisfaction tant aux patients qu’au personnel soignant.
Dentisterie et médecine générale
Le Dr Abdoulaye Baldé, dentiste, présente une autre spécificité du centre :
« Désormais, nous pouvons examiner la bouche avant de procéder à une extraction ou à des soins », rassure-t-il.
Formé à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, le Dr Djibé Passalet exerce avec fierté au sein de la structure, dont il salue le plateau technique :
« C’est une structure extraordinaire, avec des équipements de pointe qui facilitent grandement le diagnostic — comparativement à tout ce que j’ai connu à Conakry. Je pense qu’il n’y en a pas beaucoup d’équivalentes, et cela ne saurait tarder à se savoir. Je profite de l’occasion pour féliciter le fondateur pour cette belle initiative au service de la population de Labé. »
Une maternité en préparation
Le service de maternité est en cours d’installation, avec des équipements bientôt opérationnels dans la salle d’accouchement. Le service d’hospitalisation, lui, est déjà prêt, confirme le Dr Fatou Diakité, gynécologue-obstétricienne.
« Nous équipons le service petit à petit. Nous avons deux salles d’accouchement et une salle d’opération pour les césariennes », précise-t-elle.
Le confort est au rendez-vous, mais un défi demeure : la précarité de certains patients. Le fondateur reconnaît que cette réalité pèse sur la structure, en particulier pour les cas les plus démunis, et évoque des pistes pour y remédier :
« Nous cherchons rapidement à contacter des ONG et des bailleurs de fonds, au niveau local, national et international, pour nous aider à trouver des financements et venir en aide aux personnes les plus vulnérables », indique-t-il.
Électricité et accès routier, deux défis majeurs
Comme pour beaucoup d’entrepreneurs guinéens, l’électricité et l’accessibilité restent les principaux obstacles à surmonter — la polyclinique assumant elle-même une partie des coûts liés à ces contraintes.
« Étant en bout de ligne, nous ne pouvons pas compter uniquement sur l’énergie fournie par l’EDG (Électricité de Guinée) : le courant y est faible et les coupures, imprévisibles, alors que nos machines sont particulièrement exigeantes sur ce plan. C’est pourquoi nous avons dû nous équiper d’un groupe électrogène, et nous étudions actuellement une solution solaire — un investissement qui dépassera les 600 millions de francs guinéens. C’est une contrainte majeure. L’autre défi, c’est la route qui mène d’ici à la ville. Nous souhaiterions une assistance des autorités locales et nationales pour que soit aménagée la route reliant la ville, en passant par le barrage de Manga Labé », plaide le Pr Abdoulaye Diallo.
Âgé de 72 ans, auteur d’une glorieuse carrière dans l’enseignement des mathématiques, en Guinée puis aux États-Unis, ce septuagénaire a choisi, une fois de plus, de se rendre utile — cette fois dans le secteur de la santé.
Mamadou Sadio Baldé / Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07















