Leguideinfo.net : Conakry, le 15 juillet 2026 — Il y a des conférences de presse qui informent. Et il y en a d’autres qui ouvrent des perspectives. Celle organisée ce mardi par l’Ambassade de l’Inde en Guinée appartient clairement à la seconde catégorie. Pendant plus d’une heure, Son Excellence Sandeep Sood, ambassadeur de l’Inde en République de Guinée, a déroulé devant la presse guinéenne un tableau saisissant des progrès réalisés par son pays en matière de santé publique — avant d’affirmer, sans détour, que toute cette expérience est désormais à disposition de la Guinée.

Le prétexte officiel de la rencontre : la présentation des résultats de la sixième Enquête nationale sur la santé familiale indienne (NFHS-6), réalisée en 2023-2024 sur près de 679 000 ménages répartis dans 715 districts à travers le sous-continent. Mais derrière les chiffres se dessinait en réalité une offre de partenariat stratégique ambitieuse, au moment même où la Guinée vient de publier sa propre sixième Enquête Démographique et de Santé (EDS-VI).
Des chiffres qui donnent le vertige
L’Inde d’aujourd’hui n’est plus l’Inde d’il y a dix ans. Les résultats de l’NFHS-6 le prouvent avec une précision redoutable, et l’ambassadeur Sood les a égrainés avec une fierté non dissimulée.
Sur la santé maternelle, la progression est spectaculaire. La couverture des consultations prénatales est passée de 92,6 % à 95,9 %, tandis que la proportion de femmes ayant reçu ces soins au cours du premier trimestre a progressé de 70 % à 76,2 %. Le taux d’accouchements en établissement de santé a lui aussi bondi, passant de 78,9 % à 90,6 % — une progression qui rapproche l’Inde de la couverture universelle.
Sur la vaccination infantile, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 96 % des enfants ont reçu au moins un vaccin, et la couverture vaccinale complète a grimpé de 62 % à 82,6 %. La couverture contre le rotavirus, longtemps négligée, a littéralement explosé : de 36,4 % à 85,4 % en l’espace de quelques années.
Sur la nutrition, les progrès sont tout aussi significatifs. Le retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans a reculé de 35,5 % à 29,3 %, et l’émaciation sévère a chuté de 7,7 % à 5,2 %.
Mais c’est peut-être sur la protection financière que la révolution indienne est la plus éloquente. Grâce à un vaste programme d’assurance maladie universelle lancé il y a une dizaine d’années, les traitements médicaux sont désormais pris en charge gratuitement jusqu’à un plafond équivalant à environ 50 millions de francs guinéens. La couverture d’assurance maladie des ménages est ainsi passée de 28,7 % à 60,2 % en moins d’une décennie.
Et au-delà du domaine strictement médical, l’NFHS-6 révèle une autonomisation spectaculaire des femmes indiennes : près de 9 femmes sur 10 gèrent désormais leur propre compte bancaire, contre 53 % il y a dix ans. La proportion de femmes possédant un téléphone portable qu’elles utilisent elles-mêmes est passée de 45,9 % à 63,6 %.

Un signal fort pour la Guinée
L’ambassadeur Sood n’a pas présenté ces chiffres comme un simple exercice de communication nationale. Il les a mis en regard de la situation guinéenne avec une intention claire : montrer ce qu’il est possible d’accomplir avec de la volonté politique et des partenariats bien construits.

En ouverture de son intervention, Sandeep Sood a salué la publication, le 2 juillet dernier, des résultats officiels de la Sixième Enquête Démographique et de Santé guinéenne (EDS-VI), réalisée par l’Institut National de la Statistique (INS) en collaboration avec le ministère de la Santé. « Cela montre que le système sanitaire guinéen est en train de se renforcer. C’est une très bonne nouvelle, non seulement pour la Guinée, mais aussi pour l’Afrique et le monde entier », a-t-il déclaré.
Il a également souligné que cette évolution s’inscrit parfaitement dans les ambitions du programme Simandou 2040, dont la santé constitue le cinquième pilier — un alignement qu’il a qualifié d’historique entre les visions des deux pays.

Une usine pharmaceutique indienne déjà en Guinée — et ce n’est qu’un début
Au-delà des statistiques, c’est l’annonce concrète d’une coopération pharmaceutique renforcée qui a retenu l’attention. L’ambassadeur a révélé qu’une entreprise indienne a déjà implanté une unité de production pharmaceutique en Guinée. Cette installation permet non seulement de répondre aux besoins du marché local, mais également d’exporter vers les pays voisins. Une « fierté », selon ses propres termes, pour la coopération bilatérale.

Et ce n’est qu’un début. L’ambassadeur a indiqué que l’Inde encourage l’arrivée de nouveaux investisseurs dans le secteur afin de soutenir les efforts des autorités guinéennes en matière de santé publique. L’objectif à terme : faire de la Guinée un pays capable non seulement de produire ses propres médicaments, mais d’en exporter vers la sous-région — réduisant ainsi drastiquement la dépendance aux importations pharmaceutiques qui fragilise aujourd’hui le système de santé guinéen.
Des étudiants guinéens bienvenus en Inde
La coopération ne s’arrête pas aux médicaments. L’ambassadeur Sood a également ouvert la porte à la formation des ressources humaines en santé. Il a confirmé que l’Inde est prête à accueillir des étudiants guinéens désireux de se former dans les universités et instituts médicaux indiens — un vivier de formation que peu de pays au monde peuvent égaler en termes de qualité et de volume.
Cette offre s’inscrit dans une vision plus large du partenariat, que le diplomate résume en une formule : « L’Inde est prête à partager son expérience avec la Guinée. » Un partage qui dépasse les simples échanges commerciaux pour aller vers une véritable transmission de savoir-faire — dans la santé maternelle, la vaccination, la nutrition, la couverture maladie universelle.

Jaipur Foot, tabac, Premier ministre : une semaine de diplomatie sanitaire intense
La conférence de presse s’inscrivait dans une séquence diplomatique remarquablement dense entre les deux pays. L’ambassadeur a rappelé que la veille même, il avait échangé avec le Premier ministre guinéen sur les perspectives de coopération sanitaire. Il a également évoqué le camp orthopédique Jaipur Foot lancé le 9 juillet dernier à la Cité de Solidarité de Taouyah — 650 prothèses gratuites distribuées aux personnes en situation de handicap, en présence de trois membres du gouvernement guinéen.
Sur la prévention, l’ambassadeur a aussi insisté sur la lutte contre le tabagisme, soulignant que l’Inde a réussi à faire reculer la consommation de tabac chez les hommes de 44,8 % à 36,3 % en quelques années — une leçon que la Guinée pourrait utilement s’approprier dans ses campagnes de sensibilisation.

Un partenariat d’avenir, fondé sur la réciprocité
En conclusion, Sandeep Sood a réitéré la disponibilité de son pays à accompagner la Guinée dans l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), particulièrement dans le secteur de la santé. Mais il a tenu à insister sur un point : ce partenariat ne doit pas être à sens unique. La Guinée a elle aussi des richesses à partager — naturelles, humaines, culturelles — et c’est dans cet esprit d’échange équilibré que New Delhi souhaite construire la relation avec Conakry.
En une semaine — camp orthopédique, conférence de presse sur l’NFHS-6, rencontre avec le Premier ministre — l’Inde a envoyé un message clair à la Guinée : le partenariat sanitaire entre les deux pays entre dans une nouvelle ère. Reste aux autorités guinéennes à saisir pleinement cette main tendue.
Mamoudou Boulléré Diallo et Alpha Boulléré Diallo, pour Leguideinfo.net
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