Leguideinfo.net : Il parle avec la conviction de quelqu’un qui a mis les mains dans la terre. Le Dr Mamadou Tanou Diallo, Assistant du Représentant du FAO en Guinée chargé de programme, n’y va pas par quatre chemins : son pays dort sur un trésor agricole qu’il n’exploite pas. Derrière le technicien se cache un homme habité par une cause, celle d’une Guinée enfin à la hauteur de son potentiel agricole. Rencontre avec un homme qui veut réveiller les consciences.

Quelle place occupe la technologie dans l’agriculture aujourd’hui ?
La question semble ouvrir une porte que le Dr Diallo attendait de franchir. Sans hésiter, il répond : « C’est un sujet d’actualité, comme vous le voyez-un sujet qui parle de l’innovation technologique. Aujourd’hui, on ne peut plus s’en passer, parce que tout ce qu’on fait, il faut associer la technologie. Il faut associer tous les outils qui permettent d’être plus pointus dans ce que nous faisons. Aujourd’hui, on n’est plus dans cette agriculture de hasard, on est dans de l’agriculture de précision. On est dans des activités précises, et c’est la technologie qui permet de le faire. Il faut connaître chaque centimètre du sol pour mieux l’exploiter, et c’est seulement la technologie qui peut le faire. »

Le ton se fait plus grave. L’expert mesure ses mots, mais son message est sans équivoque : « En tant qu’expert et spécialiste des sols, je dirais que ça vient non seulement à point nommé, mais c’est comme si on prend un train qui est déjà très éloigné. C’est le moment pour nous-mêmes d’accélérer nos pas pour que cette technologie, qui est déjà en train d’avancer, ne nous laisse pas à la traîne. La Guinée a beaucoup d’atouts à développer dans le cadre de la technologie, et la Guinée serait même le grenier de l’Afrique de l’Ouest. Je ne dis pas qu’on ne l’est pas encore, mais à mon entendement, ce n’est pas encore à la hauteur de ce qui devrait être fait et à la hauteur des ambitions. Donc nous devons faire beaucoup plus pour occuper cette place, et vraiment l’occuper jalousement la garder avec nous-mêmes. »
Et les chiffres qu’il avance donnent le vertige : « La nature nous dote de tout. On parle de plus de 13 millions d’hectares de terres cultivables, et si tel est le cas, c’est l’équivalent d’un hectare par être humain en République de Guinée. On a la possibilité de développer l’agriculture et de faire de la Guinée au lieu de parler de scandale géologique ; un véritable scandale agricole. La Guinée pourrait se hisser à un niveau qui permettrait, il faut le dire clairement, de la mettre à l’abri de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. »
Pour notre interlocuteur, la Guinée, à elle seule, représente quatre pays en termes de potentiel agricole. Il regrette que les autorités ne prennent pas la pleine mesure de ce don naturel exceptionnel : « La diversité agro-écologique de la Guinée est telle que vous pouvez avoir en miniature quatre autres pays réunis en Guinée. Si vous prenez les quatre régions naturelles, chaque région naturelle a ses spécificités en termes de climat, de sol, de biodiversité et de capacité agricole. Donc si tout cela se réunit au même endroit, c’est un pays en quatre qui est en train de parler de l’agriculture. »
Vous affirmez donc que la Guinée a un potentiel agricole sous-exploité ?
La réponse fuse, directe, presque douloureuse : « Mais là, très sous-exploité. Et l’autre facteur qui me tient à cœur, c’est qu’il faut aller au-delà des notions de fertilité des sols. Il faut aujourd’hui pouvoir parler de la santé des sols et c’est une nuance importante. La notion de santé du sol s’occupe, en plus de la fertilité, de tous les autres facteurs qui permettent à la plante d’exprimer son potentiel au maximum. »
C’est là que le spécialiste brise un mythe tenace. Car si les sols guinéens sont réputés fertiles dans l’imaginaire collectif, la réalité scientifique est tout autre : « Les sols guinéens sont réputés riches dans l’imaginaire, mais techniquement parlant, ce sont des sols très pauvres, parce que ce sont des sols ferralitiques dans la majorité des cas. Un sol ferralitique est caractérisé par une acidité forte et une présence de fer et d’aluminium toxiques, ce qui ne permet pas de libérer les éléments nutritifs pour la plante au moment où elle en a vraiment besoin. »
Un phénomène à prendre très au sérieux pour espérer une agriculture capable de nourrir la population et de faire de la Guinée un véritable grenier régional. Le Dr Diallo ne se contente pas du diagnostic il propose aussi le remède : « Donc il faut d’abord juguler ce phénomène, aller gérer la santé des sols en profondeur. Cela va permettre d’exprimer tout le potentiel agricole du pays. Et pour autant, il ne s’agit pas de faire fi des engrais chimiques, mais de faire une combinaison raisonnée de fertilisants organiques et de fertilisants chimiques, de sorte à extérioriser d’abord le potentiel réel du sol avant de lui faire un amendement chimique. »
Un message clair se dégage de cet entretien : les autorités guinéennes doivent accorder bien plus d’attention à la promotion de l’agriculture pour garantir un développement durable et souverain. La terre est là. Le savoir aussi. Il ne manque que la volonté politique.
📹 À voir absolument, l’intégralité de l’entretien en vidéo : Les mots ne suffisent pas toujours. Pour saisir pleinement la passion et la conviction du Dr Mamadou Tanou Diallo lorsqu’il parle de sa terre, de ses sols et de l’avenir agricole de la Guinée, regardez l’entretien complet en vidéo ci-dessous. Un homme, une vision, un message fort.
Propos recueillis par Mamoudou Boulléré Diallo et Alpha Boulléré Diallo pour Leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07
















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