Leguideinfo.net : Après les acteurs de la société civile guinéenne et les hommes des médias d’Afrique francophone, c’est désormais au tour du monde universitaire de s’installer sur les bancs. Enseignants-chercheurs et étudiants découvrent comment la donnée citoyenne peut nourrir la recherche scientifique et comment, en retour, la recherche peut éclairer les politiques publiques. Pour cette troisième étape de son programme de formation, l’équipe d’Afrobarometer a dû adapter sa pédagogie à un public plus exigeant sur le plan scientifique. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’ampleur des personnalités mobilisées autour de cet évènement preuve que la donnée n’est plus un sujet de niche, mais un enjeu de souveraineté nationale.

L’ISIC, « carrefour transversal » prêt à se transformer
C’est la Professeure Djénabou Barry, Directrice Générale de l’ISIC de Kountia, qui a ouvert les travaux, en rappelant la portée de l’évènement : « Il ne s’agit pas de venir ici juste pour écouter des experts. Il s’agit d’une transformation de nos méthodes de travail. Nous avons l’obligation ultime de nous adapter à un monde en perpétuelle mutation, confronté à l’émergence de nouvelles technologies. »
Pour elle, son institut n’est pas un simple hôte de passage : « Notre institut est un carrefour transversal de connaissances du monde des médias qui compte bien prendre sa place dans toutes les questions du développement national. » Et elle a tenu à fixer un objectif clair à ses étudiants et enseignants : « J’espère bien qu’au sortir de cet atelier, ce ne sera pas pour vous qu’une rencontre de plus, mais ce sera une ouverture de portes que nous devrons explorer ensemble. »

Un atelier pensé pour deux publics, sur trois jours
Hassana Diallo, responsable de communication d’Afrobarometer pour l’Afrique francophone, a détaillé l’architecture pédagogique de la session : « Il s’agit d’une formation destinée aux étudiants, aux enseignants-chercheurs. L’objectif de cet atelier de renforcement de capacités, c’est de permettre au monde universitaire d’utiliser les travaux d’Afrobarometer dans le cadre de la production de leurs recherches, mais également dans le cadre de la production de documents de recherche, des mémoires, des thèses. »
L’organisation se décline sur trois journées soigneusement structurées : « Le premier jour est destiné aux deux groupes étudiants et enseignants-chercheurs. Le deuxième jour sera spécialement pour les étudiants, et le troisième pour les enseignants-chercheurs. Il faut amener les étudiants de Master à utiliser ces bases de données dans la production de leurs rapports et de leurs mémoires. Pour les enseignants-chercheurs, l’enjeu est d’apprendre à produire des documents beaucoup plus consistants, permettant d’améliorer la recherche en République de Guinée. »

Cinq universités, une « mine d’or » de données depuis 2013
Le Dr Aliou Barry, Directeur Général de Stat View International, partenaire national d’Afrobarometer en Guinée, a livré l’un des discours les plus marquants de la cérémonie. Il a d’abord posé la philosophie du programme : « Les données sont le langage par lequel les sociétés apprennent à se connaître elles-mêmes. Cette idée résume parfaitement la mission d’Afrobarometer. Depuis plus de 25 ans, Afrobarometer produit des données indépendantes et rigoureuses sur les perceptions et les expériences des citoyens africains en matière de démocratie, de gouvernance, de services publics, de conditions économiques et d’aspirations pour l’avenir. »
Il a ensuite révélé un fait peu connu, démontrant la fiabilité scientifique de ces enquêtes : « Nous avions par exemple réalisé il n’y a pas longtemps les enquêtes Afrobarometer en Guinée pour le compte du round 10 on commence bientôt le onzième round. Et les données qui avaient été trouvées, nous avons eu l’honneur de les partager au plus haut niveau, notamment avec le ministère de l’Économie et des Finances, où nous avons pu croiser nos données avec celles dudit ministère. Et il s’est trouvé que nos données corroboraient parfaitement avec celles produites par le ministère. »
S’adressant directement aux étudiants et chercheurs, il a insisté sur la richesse inexploitée de cette base de données : « Nous avons des données produites sur plusieurs années de 2013 à 2026, c’est une mine d’informations. Vous pouvez comparer la Guinée à elle-même dans le temps, mais vous pouvez aussi comparer la Guinée à d’autres pays africains. »

Le SNABE : « sans données, il n’y aura aucune planification »
Abou Nabé, Directeur Général Adjoint du Service National des Bourses Extérieures (SNABE), a apporté une dimension institutionnelle forte à l’événement, en inscrivant cette formation dans la vision présidentielle : « C’est précisément dans cette vision que s’inscrivent les orientations de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Général Mamadi Doumbouya, qui a placé le capital humain, l’excellence, l’innovation et la modernisation de l’administration publique au cœur de son projet de transformation de notre pays. »
Il a profité de la tribune pour lancer un appel direct à la jeunesse guinéenne : « Je veux profiter de cette tribune pour vous inviter à suivre régulièrement toutes les plateformes digitales du SNABE pour ne pas rater des opportunités, parce qu’on en a plein. Tout est publié sur toutes nos plateformes digitales pour permettre à tous les jeunes Guinéens d’avoir les mêmes chances pour pouvoir étudier à l’étranger. »
Sur le lien entre données et orientation stratégique des bourses, il a été catégorique : « On est allé sur la base des STEM Sciences, Technologie, Innovation et Mathématiques. Parce que qui parle de données, parle certainement des mathématiques, parle de la technologie. » Et il a conclu sur une formule qui résume l’esprit de la rencontre : « Sans données, il n’y aura aucune planification. Sans données, il n’y aura aucune stratégie. Donc tout est fondé sur ces données. »

Le secteur minier, entre Simandou 2040 et data centers
L’intervention la plus inattendue est venue d’Ismaël Diakité, Haut Représentant du Winning Consortium Simandou, qui a tissé un lien saisissant entre exploitation minière et économie de la donnée. Il a d’abord rappelé la mutation du modèle minier guinéen : « Il y a quelques décennies, le secteur minier se concevait comme des enclaves. Aujourd’hui, le développement minier se conçoit comme des pôles de croissance à partir desquels la diffusion des bénéfices se fait dans les régions, dans les préfectures, dans les sous-préfectures. »
Il a ensuite établi un parallèle frappant entre les minerais stratégiques et le monde numérique : « Vous avez tous entendu parler des data centers. Beaucoup d’investissements se font dans les grands pays pour créer des bases de données immenses. Et pour les stocker, donc créer des zones stratégiques, on a besoin encore du secteur minier. C’est en cela que la question des métaux critiques se pose : le lithium, le cobalt, le nickel. » Sa conclusion a résonné comme un avertissement : « Tout commence par les données et finira par les données. »
S’adressant directement aux futurs journalistes et chercheurs présents dans la salle, il a livré un conseil professionnel marquant : « Le journaliste peut toujours protéger la source d’information, mais il doit avoir des données véritables avant de porter une critique sur une situation, sinon il spécule. On n’aime pas les journalistes qui spéculent. »

Le ministère de l’Enseignement supérieur : « la recherche n’est pas un luxe »
Le message le plus solennel est venu du discours de la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Diaka Sidibé, lu en son nom par le Pr Sékou Traoré. Elle y affirme une ambition nationale forte : « Faire de la connaissance fondée sur les faits, de la rigueur de l’analyse et de l’exigence scientifique les fondements d’une intelligence collective capable d’éclairer l’action publique, de nourrir le progrès social et de renforcer la souveraineté intellectuelle de notre pays et du continent africain. »
Elle a tenu à rappeler une vérité qu’elle juge essentielle pour l’avenir du continent : « La recherche n’est pas un luxe réservé aux nations prospères ; elle est la condition même de leur prospérité future. » Et elle a appelé à un sursaut scientifique panafricain : « L’Afrique ne doit pas seulement être observée ; elle doit aussi observer, analyser, comprendre et produire elle-même les concepts, les méthodes et les solutions qui éclaireront son avenir. » À l’issue de son message, il a officiellement déclaré ouverts les travaux de l’Atelier Afrobarometer 2026.
Sékouna Keïta : cinq universités réunies autour des données
Sékouna Keïta, chef du département de communication de l’ISIC de Kountia, a pour sa part souligné l’ampleur inédite de la mobilisation académique : « C’est un atelier extrêmement important, qui se tient à l’ISIC et qui regroupe cinq universités de la place, avec la participation d’encadreurs et d’étudiants. »

Une boucle qui se referme bientôt
Après la société civile, les médias et désormais l’université, c’est au tour des cadres du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget de clôturer ce vaste marathon de la donnée probante initié par Afrobarometer en Guinée un programme qui, en quelques semaines, a su réunir autour d’une même ambition la société civile, la presse, le monde académique, le secteur minier et l’État guinéen.
Mamoudou Boulléré Diallo et Alpha Boulléré Diallo, pour Leguideinfo.net Contact : +224 620 48 07 07














