Leguideinfo.net : Conakry — S’il vous arrive de douter de vous-même, l’histoire de Yamoussa Bangoura devrait suffire à vous remettre debout. Rencontré à l’occasion du lancement du camp orthopédique à la Cité de Solidarité de Taouyah, ce jeune homme incarne à lui seul ce que la résilience humaine a de plus bouleversant.

Un rêve brisé sur les rails de la CBK
Yamoussa Bangoura avait un rêve : porter le maillot de l’équipe nationale de Guinée. Le football était sa passion, sa vocation, son horizon. Mais le destin en a décidé autrement. Le 6 novembre 2003, un accident de train de la CBK lui arrache deux mains et son pied gauche. Il a tout juste le temps de survivre. À trois membres contre quatre, le rêve du footballeur semblait définitivement compromis.
« Je voulais jouer au football et servir mon pays, mais malheureusement pour moi, Dieu a voulu autrement. J’ai été victime d’un accident de train de la CBK depuis le 06 novembre 2003. C’est très grave. C’est seulement Dieu qui peut vous conforter dans une telle situation », témoigne-t-il, la voix posée, sans une once d’amertume.

De joueur à entraîneur : le foot malgré tout
Ce qui aurait pu briser un homme définitivement n’a fait que rediriger son énergie. Yamoussa n’a pas abandonné le football — il l’a réinventé. Grâce à une prothèse, il continue de pratiquer son sport favori. Et il le fait si bien qu’il est aujourd’hui entraîneur paralympique national, chargé de coacher l’ensemble des handisportifs physiques de Guinée. Celui qui voulait jouer pour son pays y contribue finalement — mais depuis le bord du terrain, en formant et en inspirant d’autres.
Sa gratitude va d’abord à ceux qui lui ont tendu la main au moment où tout semblait perdu : « Je remercie Kandet Oumar Bangoura, qui m’a offert mon premier équipement de prothèse. »
Entrepreneur, coach, modèle
Yamoussa Bangoura n’est pas seulement handisportif. Il est aussi entrepreneur : il possède une briqueterie et refuse catégoriquement de compter sur la charité pour vivre. Là où d’autres, dans des situations bien moins difficiles, auraient choisi la rue ou la mendicité, lui a choisi l’initiative, le travail et l’autonomie.
Son histoire est un désaveu cinglant de tous les préjugés qui associent le handicap à l’incapacité. Elle prouve que ce qui définit un être humain n’est pas l’intégrité de son corps, mais la force de sa volonté.
Jaipur Foot : une prothèse, une vie qui renaît
La présence de Yamoussa au camp orthopédique lancé par le projet Jaipur Foot n’était pas anodine. Elle illustrait, mieux que n’importe quel discours, ce que représente concrètement un appareillage pour une personne en situation de handicap. Ce n’est pas seulement une mobilité qui est rétablie — c’est une nouvelle perspective de vie qui renaît. C’est un rêve qu’on refuse d’enterrer. C’est une dignité qu’on restitue.
Et si son histoire vous touche, sachez qu’il y a en Guinée des centaines de Yamoussa qui attendent encore leur prothèse, leur seconde chance, leur nouveau départ.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour Leguideinfo.net
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