Leguideinfo.net : Un journaliste suspendu pour tentative d’influence sur le vote, une radio privée mise hors antenne pendant cinq mois, des pages Facebook contraintes de retirer leurs publications : le Rapport général des campagnes médiatiques de la Haute Autorité de la Communication (HAC), rendu public en juillet 2026, dresse un bilan sans complaisance de la couverture médiatique de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 et des élections législatives et communales du 31 mai 2026. Un document de plus de 200 pages qui révèle à la fois les avancées d’un dispositif de régulation renforcé et les failles persistantes du paysage médiatique guinéen.
Un dispositif national sans précédent
Pour la première fois, la HAC a déployé un système de supervision élargi à l’ensemble du territoire, couvrant aussi bien les médias traditionnels que les plateformes numériques et les réseaux sociaux. Des commissaires et points focaux régionaux ont sillonné les régions administratives de Nzérékoré, Faranah, Kankan, Labé, Mamou et Conakry, multipliant les rencontres avec les responsables de radios, télévisions et sites d’information, jusque dans des préfectures reculées comme Yomou, Dinguiraye ou Tougué.
« La régulation ne constitue ni une restriction de la liberté d’expression ni une forme de censure. Elle vise à garantir un exercice responsable de cette liberté », rappelle Boubacar Yacine Diallo, président de la HAC, dans le mot d’ouverture du rapport. Une mission rendue possible grâce à l’appui financier de la Direction Générale des Élections (DGE) et à la collaboration de l’Observatoire National Autonome de Supervision du Référendum et des Élections (ONASUR).
Des sanctions fermes contre les dérapages
Le rapport ne se contente pas de dresser un tableau institutionnel : il documente aussi les manquements constatés sur le terrain, notamment dans la région de Labé.
- Un journaliste, correspondant régional de l’Agence Guinéenne de Presse (AGP), a été suspendu six mois par la HAC après avoir été pris en flagrant délit de tentative d’utilisation de son accréditation pour influencer le vote.
- La Radio BTA FM, ainsi que l’ensemble de ses canaux affiliés (dont BTA TV), a vu ses activités suspendues pendant cinq mois, pour avoir publié à deux reprises des résultats non officiels avant leur proclamation.
- À Koubia, trois pages en ligne ont été contraintes de retirer leurs publications pour diffusion d’informations non autorisées en pleine période de campagne.
Ces décisions illustrent la volonté de la HAC de faire respecter, sans concession, les règles de conduite fixées par la loi guinéenne — y compris sur les réseaux sociaux, désormais pleinement intégrés au périmètre de surveillance de l’institution.
Une participation politique très inégale
Au-delà des sanctions, le rapport met en lumière un phénomène récurrent : la faible mobilisation de nombreux candidats dans l’utilisation des espaces médiatiques pourtant mis gratuitement à leur disposition. L’exemple de la commune de Matoto, où les temps de parole ont été rigoureusement mesurés, est révélateur :
| Liste | PAD diffusés | Temps utilisé | Taux d’utilisation |
| GMD | 16 | 36 min 53 s | 72,32 % |
| UDG | 4 | 11 min 27 s | 22,45 % |
| MR | 4 | 11 min 18 s | 22,16 % |
| FRONDEG | 3 | 8 min 44 s | 17,12 % |
| MSP | 2 | 5 min 20 s | 10,46 % |
| RGT | 0 | 0 min | 0 % |
Un schéma qui se répète dans plusieurs communes du pays — Sanoyah, Sonfonia, Matam — où certains partis, malgré des relances et des séances de sensibilisation, n’ont tout simplement pas activé les créneaux qui leur étaient réservés. La HAC y voit moins un problème de régulation qu’un déficit d’organisation interne des formations politiques elles-mêmes.
Des difficultés logistiques bien réelles
Le document ne dissimule pas non plus les obstacles matériels rencontrés par les équipes de supervision : pannes prolongées de radios rurales (comme à Tougué, hors service du 18 mai jusqu’à la fin de la campagne), coupures d’électricité, routes impraticables vers certaines préfectures, insuffisance d’équipements techniques, ou encore l’absence persistante d’un outil de rapportage numérique en temps réel — une lacune que la HAC promet de combler en digitalisant son dispositif de suivi.
Un climat électoral globalement apaisé
Malgré ces tensions ponctuelles, le rapport souligne que l’essentiel des scrutins s’est déroulé « dans un climat calme et apaisé ». La synchronisation entre radios publiques et privées, notamment lors du traitement du jour du vote et du dépouillement, est saluée comme une réussite technique et démocratique, ayant permis aux électeurs de suivre les opérations en temps réel sur l’ensemble du territoire.
Cap sur les prochaines échéances
Le rapport s’achève sur une série de recommandations : accélérer la délivrance des cartes de presse professionnelles, digitaliser la remontée des rapports de terrain, renforcer les capacités techniques des radios locales, professionnaliser les cellules de communication des partis politiques, et rendre obligatoire la participation des candidats aux débats « Face à Face ».
La HAC y voit un outil de travail avant tout : « Ce rapport ne se limite pas à un bilan statistique de la couverture médiatique des élections. Il constitue un document de référence destiné à analyser les pratiques observées […] et à proposer des pistes d’amélioration », conclut l’institution, qui adresse ses remerciements à la Présidence de la République, à la DGE, à l’ONASUR ainsi qu’à l’ensemble des professionnels des médias mobilisés à travers le pays.
📄Téléchargez le rapport complet de la HAC ici RAPPORT GENERAL HAC 2026
Rédaction Leguideinfo.net, d’après le Rapport général des campagnes médiatiques de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Conakry, juillet 2026.















