Leguideinfo.net : Le budget est voté, mais le président de l’Assemblée nationale n’a pas laissé le gouvernement repartir tranquille. Dans son discours de clôture, le Dr Dansa Kourouma a d’abord dit pourquoi les députés avaient dit oui. Il a ensuite rappelé, chiffres à l’appui, tout ce qui reste à faire. Son message tient en une phrase : « Un crédit voté n’est pas une route construite. »

Un budget approuvé, des raisons assumées
Le texte porte les dépenses de l’État à 67 925,87 milliards de francs guinéens, en hausse de 5,83 %. Le déficit est contenu à 2,01 % du PIB, ce qui respecte les critères de convergence de la CEDEAO. Les recettes fiscales progressent de plus de 4 200 milliards, grâce notamment aux performances des douanes.
Le président de l’Assemblée a salué l’effort de l’État pour maintenir le litre de carburant à 12 000 francs guinéens, un effort de plus de 4 576 milliards, assorti d’une provision de 913 milliards pour stabiliser les prix des hydrocarbures. « Ces choix protègent le pouvoir d’achat des ménages, notre Assemblée les approuve », a-t-il déclaré.
Il a donné quatre raisons à ce vote. Le texte préserve les grands équilibres. La réforme des entreprises publiques porte ses fruits, avec 1 435 milliards de dividendes versés à l’État, contre 1 318 milliards attendus. Le gouvernement a fait preuve de réalisme en retirant les projets insuffisamment préparés plutôt que de les garder « pour l’affichage ». Enfin, le Parlement a pu améliorer le texte par des amendements en faveur de l’industrie, des PME, du contrôle des activités minières, de la lutte contre la fraude, de l’or et des universités. « Notre vote est un vote de responsabilité et de confiance », a-t-il résumé, avant d’ajouter : une confiance « exigeante ».
Un bémol toutefois : les recettes minières ont été revues à la baisse, de 13 124 à 12 688 milliards, à cause de l’ajustement des prévisions de production de fer de Simandou. « La rente minière est précieuse, mais elle est fluctuante », a-t-il rappelé. Elle doit être gérée avec prudence.
C’est le cœur du discours. Le président de l’Assemblée a livré les constats des travaux des commissions :
- À quelques semaines de la clôture de l’exercice, 29 départements ministériels et institutions sur 39 affichent un taux de paiement de leurs investissements inférieur à 30 %. Treize d’entre eux sont à zéro. Parmi eux figurent l’agriculture, l’enseignement technique, les mines et les infrastructures, c’est-à-dire les secteurs censés porter le programme Simandou 2040.
- Sur les 248 projets inscrits dans la loi de finances initiale, 72 ont dû être retirés faute de maturité. Parmi les projets maintenus, 40 n’ont toujours aucune étude.
- Sur les 100 milliards prévus pour les pistes rurales, « aucun franc n’a été engagé et aucun kilomètre réalisé », alors que le gouvernement s’est engagé devant l’Assemblée sur 7 000 km d’ici 2030.
- Sur 2 316 milliards encaissés au nom des collectivités locales, seuls 15,67 milliards ont été rétrocédés, alors que l’article 125 de la Constitution en fait une obligation.
- Trente milliards destinés aux cantines scolaires n’ont pas été payés.
- Les agents de 33 établissements publics restent, pour certains, plusieurs mois sans salaire.
« Comment expliquer cela à nos populations rurales, à nos collectivités, aux enfants et aux familles les plus modestes ? », a-t-il demandé à plusieurs reprises. Il a aussi mis en garde contre une pratique qui ne doit plus se reproduire : le paiement de 6 228 milliards d’arriérés pour 5 000 milliards autorisés. Quelle que soit la légitimité de l’objectif, a-t-il dit, l’exécution du budget doit respecter l’autorisation parlementaire.
Quatre priorités, et un contrôle annoncé
La représentation nationale attend du gouvernement des engagements sur quatre points : la rétrocession effective des ressources aux collectivités locales, le paiement de la dette intérieure due au secteur privé, le fonctionnement réel des cantines scolaires, et une meilleure exécution du budget d’investissement.
L’Assemblée, de son côté, annonce qu’elle assumera sa mission de contrôle, notamment par une mission d’information parlementaire sur la faible exécution des investissements publics. Elle compte aussi utiliser tous les mécanismes de son règlement intérieur, dès l’examen de la loi de finances initiale 2027, pour faire respecter ses recommandations.
Siguiri : saluer l’interdiction, penser aux familles
Le président de l’Assemblée a salué la décision du gouvernement d’interdire l’orpaillage artisanal et clandestin à Siguiri, qui menace les terres agricoles, les cours d’eau et les conditions de vie des communautés. Il s’est appuyé sur la Constitution du 26 septembre 2025 : son préambule consacre la souveraineté du peuple sur ses ressources, son article 6 la gestion rationnelle et transparente de l’environnement, son article 30 le droit à un environnement sain.
Mais il a rappelé qu’« il y a derrière cette interdiction des familles guinéennes, des travailleurs, des petits opérateurs » qui en vivaient. Il invite le gouvernement à créer une cellule interministérielle chargée de recenser les ménages et les activités touchés, et à prévoir dans la loi de finances initiale 2027 les ressources pour leur reconversion et la restauration des sites dégradés. « L’or peut enrichir une génération, mais une terre préservée peut en nourrir plusieurs », a-t-il plaidé.
Transparence : « 10 points sur 100 »
Le président de l’Assemblée a salué le bon score de la Guinée à l’évaluation de l’ITIE en mai dernier, mais il a aussi cité une évaluation internationale sur la transparence budgétaire où le pays n’obtient que 10 points sur 100, devancé par la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Il a pris pour exemples le Botswana, qui a consacré ses revenus du diamant à l’éducation, à la santé et aux infrastructures, et la Norvège, qui a placé ses revenus pétroliers dans un fonds pour les générations futures.
Il a demandé la publication régulière d’un budget citoyen et la production, dans les délais légaux, des rapports d’exécution. Sur la loi de règlement, il a été catégorique : « Depuis le 5 septembre 2021, le Parlement n’a examiné aucune loi de règlement. » Il veut qu’elle soit disponible avant chaque loi de finances.
Il a enfin porté plusieurs demandes : l’adoption rapide des textes d’application de la loi sur le contenu local et de son autorité de régulation, la relance des unités industrielles, l’électrification intégrale d’ici 2027 des localités riveraines de Kaléta, Souapiti et Amaria, la protection des terres agricoles du corridor Simandou contre la spéculation foncière, celle de la mangrove et du littoral, et une rationalisation progressive de la subvention à EDG.
Il a conclu en revenant à la vision Simandou 2040 : ce programme « ne sera jamais jugé dans les rapports et les tableaux. Il sera jugé par les Guinéens dans leur village, leur quartier et leur commune. » À gouvernement et Parlement, chacun dans son rôle, a-t-il dit, de faire en sorte que ce jugement soit celui de la fierté.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
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