Leguideinfo.net : Alors que le tribunal de première instance de Dixinn avait accordé une liberté provisoire aux prévenus, le procureur de la République a immédiatement interjeté appel. Une décision qui prolonge l’incertitude pour les familles et suscite la colère de la défense, menée par Me David Béavogui, qui pointe du doigt des violations de procédure et l’absence de preuves tangibles.

L’attente se prolonge et le calvaire continue pour les proches d’Hadiatou (Bandirou), Sopralpha et Saadi. Attendue comme le dénouement d’un feuilleton judiciaire qui dure depuis le 17 mai dernier, la décision de mise en liberté provisoire accordée par le président du tribunal a été immédiatement gelée. En cause : l’appel interjeté par le procureur de la République prés le TPI de Dixinn. Conséquence directe, les clients de la défense resteront en détention, au grand dam de leurs conseils.
Un maintien en détention jugé illégal par la défense
Pour les avocats de la défense, cette situation est non seulement une profonde déception, mais également une entorse grave aux textes de loi. Me David Béavogui s’insurge contre ce qu’il qualifie de détention arbitraire : « Nous allons continuer de nous battre pour démontrer au procureur que leur détention au-delà de quatre semaines constitue une violation flagrante de l’article 465 du Code de procédure pénale. »
L’affaire étant jugée sous la procédure de flagrant délit, l’avocat estime que les délais légaux sont largement dépassés et que rien ne justifie la poursuite de l’incarcération.

Le débat s’envenime autour du nom de scène « Bandirou »
Au cœur des débats, les charges retenues contre l’artiste, notamment liées à son pseudonyme de scène, « Bandirou », font bondir son conseil. L’accusation semble y voir une connotation délictuelle, ce que Me David Béavogui balaie d’un revers de main en dénonçant un complexe culturel injustifié.
« C’est le dérivé du terme « bandit ». Pourquoi fait-on un complexe là-dessus ? Aux États-Unis, tout le monde connaît les artistes qui utilisent ce genre de codes, et plus près de nous, la légende Alpha Blondy ! « Blondy », c’est une dérive de bandit. On ne peut pas qualifier d’infraction le simple fait qu’une artiste utilise « Bandirou » comme nom de scène. C’est un pseudonyme artistique, rien de plus », a martelé l’avocat lors de sa déclaration.

Des chefs d’accusation balayés : « C’est un dossier vide »
Outre la question du nom d’artiste, les accusations de proxénétisme et de trouble à l’ordre public sont jugées totalement infondées par le conseil des prévenus. Selon lui, le dossier ne contient aucun élément matériel. « Il n’y a pas de victime, il n’y a pas de client. En quoi les propos publiés portent-ils atteinte à la sûreté publique, à la tranquillité publique ou à la salubrité publique ? Il n’y en a pas. C’est un dossier totalement vide », tranche Me Béavogui.
L’application contestée de la loi sur la cybercriminalité
L’avocat conteste également le fondement juridique des poursuites. Les prévenus, assimilés à des professionnels de l’information ou des créateurs de contenu, auraient dû bénéficier d’un régime juridique protecteur. La défense critique sévèrement l’utilisation conjointe du Code pénal et de l’article 32 de la loi sur la cybercriminalité.
« On ne peut pas détenir des journalistes sur la base de la loi ordinaire, il faut appliquer la loi spéciale. Ce cumul de textes ne tient pas la route, et c’est ce que nous déplorons », explique l’avocat, qui fonde désormais ses espoirs sur une prise de conscience du parquet dans les jours à venir.
La défense espère que le procureur finira par se désister de son appel afin de permettre à Hadiatou (Bandirou), Sopralpha et Saadi de retrouver enfin la liberté après plus d’un mois de détention. L’affaire est renvoyée au 17 juin prochain !
Compte-rendu d’audience réalisé : Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
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