Leguideinfo.net : Le boulevard Triomphale a vécu vendredi l’une de ses journées les plus tendues depuis des mois. Pendant plus de quatre heures, Kinshasa a retenu son souffle. Des pierres. Des bombes lacrymogènes. Des blessés. Et des leaders de l’opposition qui en ressortent ensanglantés mais déterminés.

La Coalition de l’Article 64, connue sous le sigle C64, avait organisé un sit-in pacifique devant le Palais du Peuple pour remettre un mémorandum aux députés nationaux. Une seule exigence : le retrait de la loi portant organisation du référendum en République Démocratique du Congo, déjà adoptée par l’Assemblée nationale et renvoyée au Sénat pour seconde lecture. Ce texte, au cœur de toutes les tensions, donnerait au président de la République le pouvoir d’initier lui-même une révision constitutionnelle — et de convoquer un référendum. Pour l’opposition, la traduction est limpide : un boulevard juridique vers un troisième mandat de Félix Tshisekedi.
Des figures de proue blessées
Parmi les blessés, des noms qui résonnent fort dans le paysage politique congolais. Martin Fayulu, président de l’ECiDé et figure de proue de la Coalition Lamuka. Jean-Marc Kabund-a-Kabund, président de l’Alliance pour le Changement. Delly Sessanga, président d’Envol. Ados Ndombasi, du parti Alternative 2028. Tous touchés. Tous debout.

Les heurts ont opposé les militants de C64 à la police nationale congolaise — appuyée, selon les témoins, par des éléments de la Force du Progrès, la branche musclée de l’UDPS, le parti présidentiel. Des échanges de projectiles, des nuages de gaz, une circulation paralysée pendant des heures sur l’un des axes névralgiques de la capitale.
Le siège d’ECiDé saccagé
Le bilan ne s’arrête pas aux blessures. Le siège du parti de Martin Fayulu a été méthodiquement pillé et saccagé par des individus identifiés comme appartenant à la Force du Progrès de l’UDPS. Mobilier, matériel, documents rien n’a été épargné.
« Le pays est en guerre »
Pour C64, la position est sans ambiguïté. La RDC est sous état de siège dans plusieurs de ses provinces de l’Est, ravagées par les conflits armés. Entreprendre une réforme constitutionnelle dans ce contexte, estiment-ils, relève de l’indécence politique voire de l’illégalité. Modifier la loi fondamentale quand une partie du territoire échappe au contrôle de l’État, c’est construire sur du sable.
La détermination intacte
Blessés, pillés, gazés mais pas brisés. Les leaders de la coalition ont été clairs en quittant les lieux : ils continueront. Actions de terrain, mobilisation populaire, pression parlementaire. La bataille contre le changement de constitution, contre la loi référendaire et contre un éventuel troisième mandat de Tshisekedi ne fait, selon eux, que commencer. Kinshasa a parlé ce vendredi. Le reste du pays écoute.
Sadi Saidi Erick — Correspondant à Kinshasa pour leguideinfo.net
















