Leguideinfo.net : Conakry, ce samedi 8 août, jour de l’installation officielle du nouveau Bureau exécutif du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG), issu du quatrième congrès ordinaire de l’organisation. Autour du thème « Renforcer l’élan collectif pour le renouveau de la presse guinéenne », la cérémonie a rassemblé représentants de l’État, du Parlement, des centrales syndicales, du patronat de presse, du corps diplomatique et de nombreux professionnels des médias pour un événement qui a débordé, largement, le simple cadre protocolaire.
Un syndicat qui pose ses priorités
C’est le Secrétaire général du SPPG qui a ouvert le bal des discours, avec un ton sans détour. Après un hommage appuyé à plusieurs figures disparues du mouvement syndical, il a fixé le cap du nouveau mandat : plaidoyer pour la réouverture des médias fermés, appel pressant pour que la lumière soit faite sur la disparition des confrères Habib Marouane Camara et Sansy Keita, adoption annoncée comme prioritaire de la Convention collective de la presse, et mise en place d’un mécanisme national de protection sanitaire pour les professionnels des médias. Le Secrétaire général a également averti les autorités : le SPPG restera un partenaire au dialogue, mais assumera sa mission de défense des journalistes chaque fois que les libertés fondamentales seront menacées.

Le gouvernement représenté, la HAC aux abonnés absents
Le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation était représenté par son Secrétaire général, Souleymane Bah — lui-même ancien journaliste, un statut qu’il a tenu à revendiquer avant de parler au nom du ministre. Il a plaidé pour une « liberté encadrée », capable de faire contrepoids aux dérives de la désinformation sur les réseaux sociaux, et a rappelé l’existence de deux outils publics d’accompagnement du secteur : le Centre de formation et de perfectionnement aux techniques de l’information et de la communication, et le Fonds d’appui au développement des médias. Il a promis une action gouvernementale « très bientôt » en faveur des médias et des journalistes.
En revanche, la Haute Autorité de la Communication (HAC) ne s’est fait représenter sous aucune forme à la cérémonie.

L’Assemblée nationale présente, prudente sur le dossier des disparitions
Le président du Parlement n’a pas fait le déplacement, mais l’institution n’était pas totalement absente : le député plurinominal de Télimélé, l’honorable Alpha Bah, membre de la Commission communication et technologies de l’information, était présent parmi les confrères. Il a salué la démarche syndicale du SPPG et promis que sa commission irait à la rencontre des différentes composantes de la presse pour « peaufiner la collaboration ». Interrogé sur le dossier des confrères disparus, il s’est toutefois montré prudent, invoquant le manque d’informations précises pour se prononcer.


Le patronat de presse dit oui à la Convention collective
Longtemps considérée comme un point de friction, la Convention collective de la presse a reçu, lors de cette cérémonie, un soutien de poids : celui des associations patronales de presse, représentées par Talibé Barry. Reconnaissant qu’un « grand chemin a déjà été parcouru », il a assuré de la disponibilité du patronat à poursuivre les discussions et à « dépasser certaines peurs » qui subsistent encore chez certains employeurs, afin que le texte puisse enfin voir le jour.

L’Union européenne pose ses conditions
Représentant la Délégation de l’Union européenne en Guinée, Paulo Barroso Simões, chef section politique, presse et information, a livré une intervention aux accents plus exigeants. S’appuyant sur l’article 19 de la nouvelle Constitution guinéenne, qui garantit la liberté d’expression et de la presse, il a rappelé que toute restriction à cette liberté doit être « prévue par la loi, poursuivre un objectif légitime, et être nécessaire et proportionnée ». L’UE a détaillé plusieurs programmes d’accompagnement déjà en cours — formation à la vérification des faits, observatoire de la désinformation, fonds de protection pour les journalistes menacés — tout en rappelant que son soutien accompagne, sans s’y substituer, la volonté politique guinéenne.

Une cérémonie aussi marquée par un clin d’œil au métier
Au-delà des discours officiels, la cérémonie aura aussi offert un instant plus léger, révélateur de l’attachement des professionnels à leur métier : Zénab Diallo, nouvelle secrétaire chargée de la communication du SPPG et ancienne reporter de Gangan TV, a quitté son siège de la loge officielle pour se mettre à terre et filmer, par réflexe, l’intervention du Secrétaire général — la preuve, s’il en fallait une, qu’on ne cesse jamais tout à fait d’être journaliste.

Ce qu’il faut retenir
En une cérémonie, le nouveau Bureau exécutif du SPPG aura donc reçu un concentré des rapports de force et des attentes qui l’attendent : un gouvernement qui promet sans détailler, un Parlement qui écoute mais botte en touche sur les dossiers sensibles, un patronat qui tend la main sur la Convention collective, des partenaires internationaux qui rappellent leurs exigences, et une Haute Autorité de la Communication étrangement silencieuse.
Notre rédaction reviendra, dans les prochains articles, en détail sur chacune de ces prises de parole.
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net Contact : +224 620 48 07 07
















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