Leguideinfo.net : À Kindia comme à Conakry, une campagne inédite de sensibilisation contre les violences basées sur le genre (VBG) mobilise femmes, autorités locales et bailleurs internationaux. Objectif : briser le silence, et donner à chaque survivante un chemin clair vers la justice et les soins.





Dans la commune de Tombolia, plus d’une centaine de femmes se sont réunies pour une simple raison : Savoir vers qui se tourner en cas d’agression. Savoir comment protéger une fille, une sœur, une voisine. Savoir, enfin, que la loi existe et qu’elle est accessible. Cette mobilisation massive n’est pas un hasard : elle est le fruit d’une campagne structurée, portée par l’ONG Femmes Développement et Droits Humains en Guinée (F2DHG), dans le cadre du projet « Justice et dignité pour les survivantes de VBG en Guinée ».

Une mécanique bien huilée, pensée pour durer un an
Le lancement officiel a eu lieu à Kindia, avec la formation d’assistants psychosociaux — les relais de terrain sans lesquels aucune sensibilisation ne peut tenir dans la durée. Conakry prend désormais le relais, avec quinze séances de sensibilisation de masse programmées dans la capitale ainsi à qu’à Coyah et à Télémélé.


« Nous sommes à Conakry pour être plus près de la population, pour parler des questions de violence basée sur le genre, pour opérer un changement de mentalité — faire en sorte que les gens comprennent que la violence basée sur le genre reste un handicap pour la communauté », explique Moussa Yero Bah, présidente de F2DHG.
Le projet, prévu sur un an, ne se limite pas à des séances ponctuelles. Il prévoit la mise en place de groupes de parents et des visites à domicile chez les survivantes. Mais le cœur du dispositif reste pédagogique : expliquer, très concrètement, le parcours d’une victime. Quel est le procédé de référencement ? Vers qui aller en premier lieu ? Comment prendre en charge une survivante, la soigner, éviter la propagation d’une éventuelle maladie sexuellement transmissible ? Autant de questions vitales, trop souvent sans réponse dans les communautés reculées.

La France finance, sans se substituer à l’État
Ce projet doit son existence au Fonds de soutien aux organisations féministes, une initiative française lancée en 2019. Sur le terrain, sa représentante, Fatou Binta Diallo, chargée de mission genre, insiste sur la philosophie du dispositif : accompagner, sans jamais remplacer.
« L’idée n’est pas de travailler sur des montants, mais de regarder les résultats et les impacts que ces organisations de la société civile permettent de développer en accompagnant les communautés. Elles se positionnent dans une logique de service public : elles viennent en complément de ce que l’État peut faire, mais au plus près des communautés », précise-t-elle.

Une visite de terrain qui n’a pas manqué de toucher Moussa Yéro Bah, présidente de F2DHG : « D’habitude, nous envoyons des rapports, des images. Mais aujourd’hui, elle voit la réalité sur le terrain, en étant elle-même présente. C’est un travail que nous menons ensemble depuis bientôt trois ans. »
Le témoignage qui dit l’urgence
Derrière les chiffres et les discours institutionnels, il y a des histoires. Simone Théa, conseillère communale de Tombolia, en porte une, brute et sans détour. Elle dénonce des pratiques traditionnelles néfastes, entretenues selon elle par intérêt financier.

« Ce sont des femmes âgées qui organisent cela et qui en tirent des revenus, au prix de la souffrance des filles. J’ai moi-même une parente qui en a été victime : elle a saigné pendant six mois. Une autre personne que je connais, à cause de ces pratiques, en a perdu la raison. Elle est à Conakry », témoigne-t-elle.
Un témoignage qui rappelle, s’il le fallait, pourquoi cette campagne ne relève pas du symbole, mais de l’urgence sanitaire et sociale.

Les autorités locales en première ligne
À Tombolia, la mobilisation ne s’arrête pas aux portes de l’ONG. Le maire, Cheick Mohamed Cissé, a profité du lancement de la campagne pour annoncer un dispositif de prévention concret : un comité de sécurité réunissant police et gendarmerie, qui se réunira désormais une fois par mois.
« Rendre justice, c’est une première étape ; mais il faut d’abord prévenir. La commune de Tombolia a la chance de disposer d’une bonne couverture sécuritaire : plusieurs postes de police et de gendarmerie, et même une brigade de recherche qui couvre quatre à cinq communes, basée chez nous. C’est pour nous une nécessité de travailler en synergie avec ces structures, mais aussi avec les ONG », a-t-il déclaré.

Son message aux habitants est sans ambiguïté : relayer l’information reçue, jusque dans les familles et les foyers les plus reculés. « Nous n’avons ici qu’un échantillon de la population. Le relais doit se faire au niveau des communautés, des familles, des proches. »
Ce qu’il faut retenir
- La campagne se poursuit à Conakry, Coyah et à Télémélé avec 15 séances de sensibilisation de masse, après le lancement officiel à Kindia.
Le projet, financé par le Fonds français de soutien aux organisations féministes, court sur un an.
Mamoudou Boulléré Diallo pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07















