Leguideinfo.net : Conakry — Dialogue, responsabilité, solidarité, action : c’est sous ces quatre mots d’ordre que le nouveau Bureau National du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG), issu du quatrième congrès de l’organisation, a été officiellement installé. Devant les congressistes venus de Conakry et des sept régions administratives du pays, Sékou Jamal Pendessa, le Secrétaire général a livré un discours-programme sans détour, mêlant hommages, promesses et mise en garde.

Un mandat placé sous un thème-programme
« Renforcer l’élan collectif pour le renouveau de la presse guinéenne » : tel est le thème retenu pour les cinq prochaines années. Loin d’un simple slogan de circonstance, le Secrétaire général en a fait une feuille de route à plusieurs voix, rappelant que le renouveau de la presse « ne dépend pas uniquement du Syndicat », mais engage aussi les autorités publiques, les employeurs de médias, les partenaires techniques et financiers, et les citoyens eux-mêmes.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’orateur a tenu à saluer la mémoire de plusieurs figures du mouvement syndical guinéen récemment disparues — le Doyen Diallo Souleymane, dit « le Gros Lynx », et le Général Abdoulaye Sow, de l’USTG et de la FESABAG — et a adressé ses vœux de prompt rétablissement au doyen Général Amadou Diallo, de la CNTG.
La liberté de la presse, « un droit des citoyens »
Sur le fond, le Secrétaire général a martelé un message : la liberté de la presse « n’est pas un privilège accordé aux journalistes », mais un droit fondamental des citoyens, un levier de transparence, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. « Investir dans la liberté de la presse, c’est investir dans le développement durable de notre pays », a-t-il résumé, avant de rappeler qu’aucune démocratie ne peut prospérer sans une information indépendante, pluraliste et fiable.

Médias fermés, journalistes disparus : les dossiers qui pèsent
Le discours n’a pas éludé les sujets qui fâchent. Le Secrétaire général a exprimé l’espoir de voir « rouvrir les médias qui demeurent fermés », afin que des centaines de professionnels retrouvent « leur emploi, leur dignité et leur rôle dans la société ». Il a également renouvelé un appel pressant pour que la lumière soit faite sur les disparitions inquiétantes des confrères Habib Marouane Camara et Sansy Keita, ainsi que sur celle du père du journaliste Mamoudou Babila Keita, exigeant que « les enquêtes progressent avec diligence, dans l’intérêt des familles, de la justice et de l’État de droit ».

La Convention collective, priorité numéro un — et non une menace
Autre chantier phare du mandat : l’adoption de la Convention collective de la presse, présentée comme une priorité majeure du nouveau bureau. Conscient des réticences de certains employeurs, le Secrétaire général a tenu à rassurer : « Le SPPG ne mène aucune croisade contre les entreprises de presse. » Il a plaidé pour un cadre équilibré, protégeant les droits des travailleurs sans fragiliser la viabilité économique des médias, citant au passage Dale Carnegie : « Prenez soin de votre personnel, et vos affaires se porteront bien. »
À cela s’ajoute une préoccupation sanitaire jugée urgente : trop de journalistes et de techniciens, a-t-il déploré, tombent malades sans accès à des soins de qualité, et sont réduits à lancer des appels à la solidarité sur les réseaux sociaux. Le SPPG entend poursuivre son plaidoyer pour un mécanisme national de protection sanitaire des professionnels des médias, saluant au passage l’accompagnement du Fonds de Développement Social et de l’Indigence sur plusieurs dossiers soumis dès 2023.

Huit priorités pour les cinq prochaines années
Le nouveau bureau a fixé un cap précis pour son mandat :
- Poursuivre le plaidoyer pour la réouverture des médias fermés ;
- Promouvoir une législation moderne protégeant la liberté de la presse et les journalistes ;
- Accélérer l’adoption de la Convention collective ;
- Renforcer la formation continue sur tout le territoire national ;
- Poursuivre la moralisation de la profession et un usage responsable des réseaux sociaux ;
- Rechercher des financements pour le journalisme d’investigation ;
- Améliorer les conditions sociales et sanitaires des professionnels des médias ;
- Renforcer les partenariats internationaux du SPPG.
Le Secrétaire général a par ailleurs remercié le PNUD et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, dont l’appui a permis d’organiser des sessions de formation dans toutes les régions du pays et dans la zone spéciale de Conakry.

« Élus pour servir, et non pour être servis »
Revenant sur son élection, le 25 juin dernier, à la tête d’une équipe reconduite par les congressistes de Conakry et des sept régions, le Secrétaire général a insisté sur l’humilité que commande cette confiance : « Elle ne constitue ni un privilège, ni un motif de triomphalisme. Elle représente avant tout une responsabilité immense. » Il a salué le travail du bureau sortant, qui a, selon lui, « renforcé la crédibilité » et « consolidé l’indépendance » du SPPG malgré cinq années marquées par des crises et des sacrifices.
À ses camarades du nouveau bureau, le message se veut sans ambiguïté : « Notre élection ne doit jamais nous éloigner de la base. Nous avons été élus pour servir, et non pour être servis. »

Dialogue avec les autorités, mais vigilance affirmée
En conclusion, le Secrétaire général a lancé un double appel. Aux journalistes guinéens, d’abord, pour qu’ils préservent leur unité au-delà de leurs différences : « Ensemble, nous serons toujours plus forts que séparés. » Aux autorités, ensuite, il a réaffirmé la disposition du SPPG à privilégier le dialogue chaque fois que l’intérêt supérieur de la Nation l’exigera — tout en prévenant que le syndicat assumera, « dans le strict respect des lois de la République », sa mission de défense des journalistes dès lors que les libertés fondamentales seraient menacées.

« Nous ne promettons pas des miracles. Nous promettons du travail », a-t-il résumé, avant de clore son intervention par une invocation pour la Guinée et ses journalistes.
Discours intégral à téléchargé : DISCOURS DU SG DU SPPG
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07















