Leguideinfo.net : Conakry, derrière les mots de courtoisie diplomatique, un message clair adressé aux nouvelles autorités guinéennes : la liberté de la presse n’est pas négociable, et toute restriction devra désormais se justifier devant la loi. C’est en substance ce qu’a fait savoir Paulo Barroso Simões, représentant la Délégation de l’Union européenne en Guinée ce 08 août 2026 à l’occasion de l’installation officielle du nouveau Bureau exécutif du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG).

Devant le Secrétaire général du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Souleymane Bah, les représentants des autorités, du corps diplomatique et des centrales syndicales, le diplomate européen a livré une intervention qui dépasse largement le cadre protocolaire habituel de ce genre de cérémonie.
Un rappel à l’ordre juridique, sous couvert de félicitations
Le représentant de l’UE a d’abord salué le retour de la Guinée « à l’ordre constitutionnel », égrenant les étapes de la transition : référendum constitutionnel du 21 septembre 2025, élection présidentielle du 28 décembre 2025, puis législatives et communales du 31 mai 2026. Mais c’est sur la nouvelle Constitution qu’il a choisi d’appuyer, et plus précisément sur son article 19, qui « consacre la garantie de la liberté d’expression et de la liberté de la presse et de la communication ».
Vient alors la phrase qui pèse le plus lourd dans ce discours : « Toute restriction à la liberté d’expression doit être prévue par la loi, poursuivre un objectif légitime, et être nécessaire et proportionnée, conformément au droit international des droits de l’homme. » Formulée sans détour, cette exigence fixe en creux les limites que Bruxelles attend de voir respectées par les nouvelles institutions guinéennes : pas de restriction arbitraire, pas de mesure disproportionnée, et un ancrage strict dans le droit international.
La presse, « un bien public », pas une affaire de corporation
Pour justifier cette vigilance, le diplomate européen a insisté sur un principe : la liberté de la presse « n’est pas un enjeu sectoriel réservé aux seuls professionnels des médias ». Elle est, selon lui, un « bien public précieux », condition de la paix, de la stabilité, de la participation citoyenne et du développement durable — un discours qui fait écho, presque terme à terme, à celui tenu quelques instants plus tôt par le Secrétaire général du SPPG sur la même tribune.
Le représentant de l’UE n’a pas éludé les difficultés structurelles du secteur : fragilisation des modèles économiques traditionnels, désinformation, discours de haine, pressions économiques, concurrence des contenus non vérifiés. Pour lui, ces défis renforcent, plutôt qu’ils n’affaiblissent, la nécessité de défendre un journalisme professionnel, rigoureux et éthique — « liberté et responsabilité vont de pair », a-t-il résumé.
Un appui conditionné à l’engagement guinéen
Loin de se limiter à un plaidoyer de principe, l’Union européenne a détaillé les leviers concrets de son engagement : formation des journalistes à la vérification des faits et au journalisme sensible aux conflits, mise en place d’un observatoire de la désinformation avec chatbot WhatsApp et dispositif de fact-checking, campagnes d’information, École des médias citoyens, système de suivi de l’espace civique et fonds de protection pour les journalistes, activistes et défenseurs des droits humains menacés.
Mais l’UE a pris soin de cadrer la portée de cet appui : « Nous le faisons avec humilité (…) en reconnaissant pleinement que les acteurs guinéens sont les premiers porteurs de cette ambition. Notre rôle est d’accompagner, d’écouter et de construire ensemble. » Une manière de rappeler que le soutien européen n’a pas vocation à se substituer à la volonté politique guinéenne, mais à l’accompagner à condition qu’elle existe.

Un syndicat fort, condition de la crédibilité du secteur
Le diplomate a par ailleurs salué le rôle du SPPG, estimant qu’un syndicat professionnel « fort, représentatif et responsable » est un maillon essentiel pour défendre les droits et la sécurité des journalistes, promouvoir l’éthique professionnelle et porter un dialogue constructif avec les autorités.
En clôturant son intervention par un vœu de « rassemblement », d’« écoute » et d’« ouverture » pour le nouveau bureau, Paulo Barroso Simões a livré, en creux, le message central de son allocution : dans une Guinée qui sort de transition, la crédibilité démocratique du pays se mesurera aussi à l’aune du traitement réservé à sa presse. Allocution de l’UE à installation presse samedi
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
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