Leguideinfo.net : À l’occasion de la finale de la sixième édition du Grand Concours Jeune Entrepreneur, le promoteur de l’initiative, Djiba Milimouno, ancien journaliste du groupe Hadafo Médias, s’est confié à Leguideinfo.net. Il y explique comment l’idée est née de la tragédie des jeunes Guinéens morts en Méditerranée, et pourquoi le développement local reste, selon lui, la meilleure réponse à l’immigration irrégulière.
À Conakry, 26 jeunes porteurs de projets ont défendu leurs idées devant le jury, lors de la finale de la sixième édition du Grand Concours Jeune Entrepreneur ce samedi 17 octobre 2026. À l’origine de ce rendez-vous, un homme que le public guinéen connaît bien : Djiba Milimouno, ancien journaliste du groupe Hadafo Médias. Il a reçu notre rédaction pour raconter l’histoire du concours et son avenir.
Le concours est né vers 2017-2018, à une période où la Guinée était durement touchée par la migration irrégulière. « On avait beaucoup de jeunes Guinéens qui trouvaient la mort dans la Mer Méditerranée, en Libye et ailleurs. C’était un voyage périlleux », rappelle Djiba Milimouno. Avec d’autres jeunes de sa génération, il décide d’agir : « En tant que citoyens, nous voulions apporter notre pierre à l’édifice, en lançant une initiative qui redonne de l’espoir à une jeunesse parfois déboussolée, sans perspective d’avenir. » Le concours a depuis financé plusieurs projets et formé des centaines de jeunes dans toute la Guinée.
Chaque année, un appel à candidatures s’adresse aux jeunes de 18 à 35 ans vivant dans les régions du pays. Quatre secteurs sont ciblés : l’agrobusiness, la pêche, l’entrepreneuriat social et le numérique. « En trois semaines, on se retrouve avec 1 500 à 2 000 candidatures venues de toute la Guinée », explique le promoteur.
La sélection se fait d’abord sur le terrain : l’équipe et le jury se déplacent dans les régions, souvent dans les maisons des jeunes, pour la présélection. Les candidats retenus viennent ensuite à Conakry, où ils sont logés et formés pendant une semaine. Au programme : l’élaboration d’un plan d’affaires, la stratégie digitale, les démarches auprès de l’administration fiscale, le paiement des impôts et la comptabilité simplifiée. Le dernier jour est consacré au pitch, c’est-à-dire la capacité à présenter son projet devant un jury. « Un chef d’entreprise doit avoir un savoir un peu mosaïque, de tout un peu, pour mieux gérer son entreprise », souligne-t-il.
Cette année, l’élevage à l’honneur !
L’édition 2026 a pour thème « Vers un élevage modèle, durable et résilient ». Les projets du secteur de l’élevage sont donc prioritaires. L’organisateur a remercié le ministère de l’Élevage, ainsi que la Fondation Orange Guinée et la Chambre de commerce, qui ont décidé d’accompagner l’initiative cette année. Pendant la finale, des stands permettaient aussi à d’anciens bénéficiaires d’exposer leurs produits. « Ce sont aujourd’hui des chefs d’entreprise », a souligné Djiba Milimouno, qui y voit la meilleure preuve de l’utilité du concours.
La veille, la cérémonie d’ouverture s’était tenue en présence des autorités et des partenaires au développement. Le jour de la finale, les 26 finalistes sont passés devant le jury pour décrocher un financement. Cette année, la barre est nettement relevée : chaque gagnant de 2026 recevra 50 millions de francs guinéens, et une dizaine de jeunes devraient en bénéficier. L’an dernier, une vingtaine de projets avaient été financés pour 40 millions de francs guinéens.
À la question des difficultés, Djiba Milimouno ne s’attarde pas. « Il faut être fort pour ne pas reculer devant l’effort. » Il parle d’un triptyque : « la passion, la patience et la persévérance », et salue l’équipe qui l’accompagne depuis le début. Il reconnaît que les éditions 2024 et 2025 ont été menées « dans la douleur », faute de ressources suffisantes. « Mais aujourd’hui, on tient. Nous ne pouvons pas arrêter cette initiative : trop de jeunes comptent dessus. »
Pour lui, le concours est « une révolution, un état d’esprit ». Il s’adresse à ceux que l’ascenseur social a laissés de côté et qui ont du mal à briser le plafond de verre : « Nous ne sommes pas des privilégiés, nous avons été aidés. Aujourd’hui, c’est à notre tour de tendre la main aux autres. »

Ancien journaliste devenu promoteur, Djiba Milimouno a livré plusieurs conseils aux jeunes Guinéens et Africains :
- Soigner sa réputation : « Elle se construit en plusieurs années, mais peut se perdre en une journée. »
- Rester honnête : « Le talent ne suffit pas. »
- Travailler dur et intelligemment : « C’est le travail qui paie. »
- Garder une ambition saine : « Ne laissez pas votre ambition vous dévorer. Vous n’êtes pas en retard : la vie est une course de fond. »
- Rester proactif : « Ce n’est pas le problème qui est le véritable problème, c’est notre façon de réagir à ce qui nous arrive. »
Les médias et la culture, les prochains secteurs ?
Interrogé sur les jeunes porteurs de projets numériques ou médiatiques, il précise que le numérique couvre déjà la robotique et le design. Les médias avaient été explicitement ciblés lors des premières éditions, avec le soutien de sites d’information. Ils ont ensuite été retirés, mais, devant la forte demande, l’équipe « se bat pour les réintégrer ». Le secteur culturel est aussi à l’étude. Tout dépend des financements : « Plus on a de moyens, plus on peut accompagner de monde. »
Il a donc lancé un appel aux partenaires : « Si les jeunes sont autonomes ici, ils peuvent se développer ici, sans risquer leur vie pour partir ailleurs. »

Mamoudou Boulléré Diallo pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07















