Leguideinfo.net : Face aux députés, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a défendu le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en répondant aux critiques sur les faibles taux d’exécution et la baisse des dépenses d’investissement. « Un budget crédible est un budget qui s’exécute », a-t-elle posé, avant de détailler les raisons du retard et les réformes engagées pour y remédier.

Pourquoi les investissements reculent de 9,3 %
La ministre a avancé plusieurs causes. D’abord, l’année a commencé avec trois mois de « douzièmes provisoires », période pendant laquelle aucune dépense d’investissement n’était possible : les projets ont donc eu neuf mois, et non douze, pour être exécutés, avec la saison des pluies qui s’est ajoutée au calendrier. Ensuite, a-t-elle reconnu, beaucoup de projets inscrits au budget n’étaient pas mûrs : sans études, ou sans financement acquis pour la part extérieure. « Il ne suffit pas d’inscrire un projet au budget pour qu’il soit exécuté. Il faut qu’il soit prêt », a-t-elle insisté.
Elle a aussi pointé les circuits de validation trop longs, des systèmes d’information non interconnectés, les déplacements de réseaux et les indemnisations qui ralentissent les chantiers, et une capacité d’exécution à renforcer. Avec l’ampleur du nouveau programme, a-t-elle imagé, « on veut passer à un moteur de Lamborghini : il faut donc les équipes qui vont avec ». Pour y répondre, le gouvernement a alloué pour la première fois plus de 180 milliards GNF aux études, mis en place des unités de livraison dans les ministères et décidé de ne plus inscrire au budget que des projets ayant une maturité technique, financière et environnementale. Plus de 400 projets sont déjà en cours d’exécution, et la priorité est de les terminer.

Des taux à 0 % qui ne disent pas tout
Interrogée par le président de l’assemblée nationale, sur des taux d’exécution affichés à 0 % pour certains ministères, elle a expliqué qu’ils résultent des fusions et des scissions de départements opérées dans l’année. L’enseignement technique, fusionné avec l’Éducation nationale, affiche un taux global de plus de 29 %. Le ministère des Sports, issu de la scission avec la Jeunesse, est à 17 %. Pour les départements restructurés, 325 milliards GNF ont déjà été payés hors dépenses de personnel. Le gouvernement enverra une note détaillée aux députés et distinguera désormais les taux d’engagement, d’ordonnancement et de paiement.
Dette intérieure, rétrocessions, prix
- Dette intérieure : près de 6 500 milliards GNF ont été payés cette année au titre des arriérés et du service de la dette intérieure, un effort qui doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année, a indiqué la ministre.
- Rétrocessions aux collectivités : elles sont mises en pause le temps d’installer les nouveaux élus communaux et de restructurer le système de financement des collectivités, afin d’aller vers des investissements plus structurants.
- Inflation : elle s’établit à 5,9 % en septembre 2026, tirée surtout par les produits alimentaires, souvent importés. Le prix du carburant à la pompe a été maintenu grâce aux subventions.

Plénière consacrée à l’examen de la LFR 2026
Mobiliser davantage de recettes
Côté recettes, les services de l’État misent sur la digitalisation, le croisement des données entre administrations, le contrôle fondé sur les risques et une direction dédiée au secteur minier à la Direction générale des impôts. Sur 335 milliards GNF de créances visées par des mesures de fermeture d’entreprises débitrices, 45 milliards ont déjà été encaissés, et 7 % des entreprises concernées bénéficient d’un échéancier. Le gouvernement poursuit aussi la revue des régimes d’exonérations, notamment dans les mines, pour constituer un registre fiable des bénéficiaires.
La ministre a mis en avant des priorités sociales : la mise en fonctionnement de 455 centres de santé et de 2 514 postes de santé, des centres de dialyse et des mammographes dans les hôpitaux régionaux, l’équipement de l’hôpital Donka, le recrutement de 4 500 enseignants et une dotation supplémentaire à la CNPS pour la prise en charge de maladies longues comme le cancer, l’insuffisance rénale ou les AVC. Elle cite aussi l’objectif de 1 600 points d’eau, 128 milliards pour les ambassades et consulats et plus de 120 milliards pour honorer les engagements internationaux de la Guinée.
Des outils pour contrôler la dépense
Plusieurs plateformes sont annoncées : Sicoffre (contrôle financier), Telemo (dématérialisation des commandes publiques), l’« Œil du Trésor » (suivi en temps réel des paiements), une centrale d’achats et une plateforme numérique de la mercuriale des prix, attendue d’ici la fin de l’année avec l’Institut national de la statistique pour limiter la surfacturation. La révision du Code des marchés publics est en cours : un appel d’offres ouvert dépasse aujourd’hui 250 jours. Le passage au budget-programme est prévu en 2027.
En conclusion, la ministre a demandé aux députés de réserver une suite favorable au texte, assurant que les recommandations de l’Assemblée seraient intégrées à la revue finale du budget.
Discours de Mme la Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, sur l’Adoption de la LFR 2026
Mamoudou Boulléré Diallo, pour leguideinfo.net
Contact : +224 620 48 07 07














