Leguideinfo.net : À l’occasion d’un atelier organisé par la Direction Générale des Élections (DGE) à Conakry, Amadou Touré, Président de la Commission Éthique, Déontologie et des Mœurs à la Haute Autorité de la Communication (HAC), a fait le point sur la couverture médiatique du prochain scrutin présidentiel. Il a décrypté les devoirs du journaliste en période de campagne, réaffirmé l’importance des « jours de silence », et a répondu aux critiques concernant les récentes sanctions infligées aux rédactions.
Devoirs du journaliste : neutralité et vérification

Le Commissaire Touré a commencé par présenter les modules partagés avec les journalistes, insistant sur le rôle crucial de la presse, notamment face aux enjeux de la présidentielle.
« J’ai partagé un module sur les devoirs et droits du journaliste en période électorale. Ces devoirs découlent de notre Code de Bonne Conduite. L’enjeu de l’élection présidentielle est extrêmement important, nous exhortons donc les journalistes à être objectifs, impartiaux, neutres et surtout à vérifier les informations (le fact-checking)Ndlr», explique Amadou Touré, commissaire à la HAC et l’un des facilitateurs.
Notre confrère a insisté sur la nécessité de la rigueur face à la désinformation. « En période électorale, il y a beaucoup de fausses nouvelles (fake news) et de manipulations. Ne soyez pas paresseux : vérifiez, diversifiez les sources pour avoir une quintessence réelle de ce qui se passe. Nous devons être égaux entre les neuf candidats ; le traitement doit être équitable. »
Rappel sur les jours de silence
Le commissaire a rappelé une disposition majeure de la décision électorale qui sonne comme un avertissement : « Nous avons rappelé qu’une disposition de la décision dit que le 25 décembre à 23h59, nous devrons arrêter toute émission et toute pratique liée à la campagne électorale. Cela, c’est pour le respect de ce qu’on appelle les jours de silence électoral», averti-t-il.
Épidémie de sanctions de la presse ?
Interrogé sur les suspensions récentes de journalistes et de rédactions, M. Touré a estimé que la situation est la conséquence d’une double défaillance.
«C’est un peu des deux. Il y a cette semaine [celle de l’atelier], il y a eu la suspension d’un journaliste parce qu’il a animé une émission dans laquelle les intervenants ont pris parti. Ils n’ont pas été neutres. C’est extrêmement préoccupant. Quand vous animez un débat entre candidats, vous ne devez pas avoir de choix personnel. Vous n’avez pas à dire : ‘tel a fait une bonne campagne’ ou ‘tel est nul’. Si vous le faites, vous êtes un média à grande écoute, vous influencez l’électorat.
La HAC agit pour juger entre vous et ces candidats. Nous invitons toute la presse à lire le contenu de nos décisions (notamment la 16 et la 17) qui détaillent ce que les médias privés doivent ou ne doivent pas faire».
L’Urgence de la connaissance Juridique
Le commissaire a ensuite pointé du doigt un problème de fond qui fragilise la presse face aux sanctions : le manque de connaissance de la loi. « Nous regrettons que les gens ne lisent pas les décisions. Pire, même lorsque nous nous rendons dans des formations, les gens ne connaissent même pas les lois qui régissent le fond et la pratique du métier ! J’ai fait cet exercice à Conakry, Kindia, Kankan : quand on parle de la loi sur la liberté de la presse, sur 40 personnes, trois ou quatre seulement l’ont lue », regrette Amadou Touré.
Il conclut : « Comment peux-tu être dans un secteur, ne pas connaître les ficelles de ce métier, ne pas connaître les lois ? C’est comme les élections. S’il y a un nouveau cadre normatif, si le journaliste ne connaît même pas comment ça se passe, est-ce que ce journaliste ne va pas commettre des erreurs dans la pratique ? »
L’Ouverture de la HAC : faciliter l’accès aux candidats
Enfin, face aux inquiétudes des rédactions concernant l’accès à l’ensemble des neuf candidats pour leurs émissions, la HAC a proposé son aide : « Si vous avez des difficultés à avoir les directoires des candidats, informez-nous. Nous avons des contacts. Nous avons nous-mêmes créé des émissions et, lorsque nous avons adressé des lettres aux candidats, tout le monde a répondu. Si vous avez des difficultés à avoir un directeur de campagne, on peut faciliter la tâche», insiste le commissaire.
Il a rappelé que l’émission ne doit pas forcément accueillir le candidat lui-même : « Il faut qu’on change un peu le paradigme : ce n’est pas forcément le candidat, c’est le candidat ou son mandataire ou son représentant. »
Interrogé sur les grands médias fermés, le commissaire Touré n’a pas souhaité s’exprimer, marquant la sensibilité du sujet.
Leguideinfo.net : Par rapport aux médias fermés, est-ce que la HAC a l’espoir de les voir rouvrir ?
Amadou Touré, président de la commission Éthique, Déontologie et des Mœurs à la Haute Autorité de la Communication : « Bon, je ne pourrai pas faire de commentaires malheureusement sur cette question. »
Propos recueillis par Mamoudou Boulléré DIALLO, pour leguideinfo.net
Tel : +224 620 48 07 07


















https://shorturl.fm/zauz0
https://shorturl.fm/St5Nx
https://shorturl.fm/bx8Ss